Becs et ongles

(Ou flûte de Pan ou El condor passa)


Dimanche midi, ça tire sur la tripe, déchiquette le boyau, cure l’os. Dimanche midi, repas de fête pour charognards, un nandou a rendu l’âme, condors et aigles se la régalent en se partageant la dépouille. Bon prince, le condor s’écarte de temps en temps alors, les aigles approchent, tapent rapidement un ou deux coups dans la chair encore fraîche et s’écartent. Sa majesté revient, déploie une aile, la rentre et reprend son curetage. 


Du nandou, il ne restera bientôt que quelques plumes dans mon sac à dos tandis que les autres s’éparpilleront aux vents violents. Ses os blanchiront jusqu’à poussière ou flûte de Pan, ses doigts de pieds seront peut-être transformés en manches de couteaux.

Et toi condor, qui es-tu ? Es-tu le premier, es-tu le dernier ? Ils sont 9 au sommet de la colline à tenir conseil pendant qu’un peu plus bas tu martèles le cadavre. 


Es-tu le chef, es-tu la femelle ? Existe-t-il une hiérarchie chez les condors ? Nous, pauvres chasseurs d’images fascinés par le spectacle, tentons une approche vers toi. Humbles, timides, le dos rond, nous glissons sur la steppe sablonneuse. Quand nous désirons trop, tu lèves la tête et nous engueules ou nous préviens par ton cri de ne pas approcher plus. Comment qualifier ton alarme ? Graillement, crissement avec un grand A… 


Comme des enfants jouant à Un, Deux, Trois, Soleil, nous nous arrêtons, te regardons dans les yeux en nous faisant tous gentils à l’intérieur et nous attendons que tu reviennes à ta pitance. Puis nous recommençons et tu nous repréviens, alors d’un coup je te répond dans ta langue et tu gueules de plus en plus fort et moi aussi puis tu retournes à ton festin et moi je jubile d’imaginer avoir été comprise par toi. Tu nous laisseras approcher, levant la tête sans cris. Nous nous sommes sentis autorisés, alors nous avons exagéré nos gestes. Tu as levé la tête plus longtemps, nous nous sommes immobilisés mais nous le savions tous, tu allais t’envoler…






Qui a eu le plus peur ? Nous de te voir t’envoler trop vite alors que nous étions encore trop loin pour pouvoir nous goinfrer de ta collerette en plumes blanches, du noir de tes ailes, de ta tête casquée et de tes yeux ronds ? Ou toi qui hésitais entre gourmandise et frayeur ?



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