Permis I


Ce matin, le temps d’un aller-retour à Casino… 
15 secondes aller, 5 mn d’attention mi PQ mi chagrine, 20 secondes retour, 3 idées passagères.
Le première monte du déflorage rapide d’une enveloppe officielle que j’arrache selon les pointillés et lis en biais “12 points”, ah ! C’est ça ! Je tends l’enveloppe à Alfred et démarre ma virée au Casino (au-à, mon cœur balance, mais l’ambiguïté va de soi, non ?)… Et voilà, de nouvelles idées embarquées qui viennent perturber le cours du récit.
Plouf, plouf, plouf…
Devant le métro, l’analogie surgit, grinçante, vibrante, géante et béante…
Ma fierté teintée d’ironie devant mes 12 points retrouvés s’aligne sur ma vie.
Ma conduite automobile me ressemble, normal, non ? Mais là, d’un coup, l’alignement se fait et ça me rend triste. Je suis comme je suis et pas grand chose ne change.
J’ai beau pousser mon 120 sur le périf, conduire avinée, râler comme un putois du Colorado avant de mordre la ligne blanche pressée de doubler la pauvre mamie hésitante à laquelle je ressemblerai bientôt, ça passe inaperçu. Très rarement un petit 93 km/h vient me faire hurler d’injustice et descend mon capital d’un point que je récupère quelques mois plus tard et voilà; c’est tout. Papa l’État n’y voit que du feu, du flou, du petit, je suis une bonne conductrice, bien sage et tout et tout. Il n’a jamais rien vu et ne verra plus rien, paix à son âme, ni mes abus d’alcool, de cigarettes et petites gouapes, non rien, juste une petite statue blanche à droite de la Vierge, m’a dit un jour ma mère. J’avais 18 ans et je venais de prendre la décision d’avorter et j’étais mal si mal si triste si seule. Mais Papa n’a rien vu n’a rien su et je suis restée la fille qu’on ne remarquait pas. Dans le métro, les copains aux blousons de cuir noir me confiaient goguenards la barrette de teuch. Quand on se faisait contrôler, je sortais vite ma carte d’identité et la tendais tremblante, les yeux mi-implorants mi-effrayés mais le flic ou la fliquette me répondait : “ça ira mademoiselle !” et moi je me demandais si je puais pas le Chanel que je ne portais pas et je baissais les yeux devant le regard mi méprisant mi soulagé des copains aux blousons noirs. Au bout de 3 fois, j’ai refusé la mission et j’ai perdu ma carte d’identité alors je me suis fais refaire un passeport et depuis je n’ai plus de carte d’identité. Et si j’en demandais une maintenant, 30 ans plus tard, la conscience un poil plus en place ? J’aurais la gueule déformée par des vagues métalliques, je serais fichée en bonne et due forme (de toute façon, c’est déjà fait). 
Mais ai-je un jour réellement désiré être remarquée par Papa l’État ? Gentille et défiante, sage et si peu truande. Est-ce ça ? Oui et non mais ce qui est sûr c’est que j’ai désiré être vue par Papa et que ça c’est trop tard. Désir éternel, je vous salue.
À suivre, je suis sûre qu'il y a d'autres moyens plus sympathiques et justes de commencer à se faire remarquer par Papa l'État, en tout bien, tout honneur of course !
Bon, ben je garde mes 2 autres idées de passage pour demain.
Nb : Droite ou gauche, Juju me manque. Tiens, j’ai oublié la troisième. 
À vous la plume et merci, merci pour vos ajouts spontanés…

Commentaires

Yves a dit…
Si papa c'est l'état, maman ce serait quoi ? la république ? Tiens oui la république c'est bien. Ben moi pour me faire voir d'elle, je vote ! Oui je vote, et par procuration si je suis pas là. Et tiens, je vote même au primaire. Et toc !!

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