SNCF

Deprofundis pour nous
enfer et damnation pour le voleur
Adieu Lumix
Notre cher ange de lumière
notre seconde vue durant ce voyage
dérobé à Buenos-Aires le dernier jour à l'hôtel
que le voleur sache notre peine


Bonjour nature disciplinée,
Adieu quadrilatères des villes sud-américaines
Au revoir Immensité
Retour vers les maisons sages
Bonjour l’été et ses pluies froides
Adieu l’hiver et sa douceur humide
Bonjour ma langue et mon impatience
Adieu temps de réflexion avant toute expression
Non, non, pas adieu…


Le train traînasse entre Châteauroux et Vierzon
Le vendeur de sandwich distille sa mauvaise humeur
Pas question d’accepter les dollars du voyageur,
Ici c’est l’Euro monsieur !
Ses problèmes de monnaie envahissent l’espace sonore
L’inconfort d’entendre et de comprendre les petites exigences de chacun, surprend ma pensée flottante
Les vieux tremblent en demandant de l’aide pour ouvrir une canette 
Le tiroir de la machine roulante, gardienne du café et autres gâteries, claque au geste mauvais du vendeur. Il s’éloigne, le calme revient…

En ce 18 juillet, la Sncf a sorti ses vieux wagons tagués et vend ses premières classes à un prix intéressant sur Internet. Les acheteurs se contemplent. La ceinture Hermès regarde songeuse le sac bolivien. Le sourire des propriétaires annonce un désir. L’échange s’arrête brutalement comme si le regard de la ceinture Hermès ne pouvait franchir l’abîme suscité par cette invite muette. Les regards se troublent. La ceinture Hermès retourne à son Gallimard. Le sac bolivien à son Point débarqué de l’avion. Oubli.
Deux chats en cage hurlent leur peur et leur colère. Leurs miaulements furieux sont vite remisés dans le wagon de tête, silence.
Le train ronronne, je m’assoupis quelques instants avant d’entendre mes propres ronflements. Je me redresse gênée avant de constater une parfaite indifférence de la part de mes voisins. Pour une fois l’indifférence m’arrange. Là, sans crier gare, un sentiment douloureux change de couleur. Il sera bon de m’en souvenir plus tard quand une rechute pointera son nez. Passer outre l’indifférence, là, en cet instant, je sais intimement que quelque chose vient de guérir. Merci, merci.
Sous le vert éclatant du printemps, la sécheresse de l’été s’installe en maîtresse de saison. les arbres dénudés de Buenos-Aires se rappellent subrepticement à moi avant d’être éclipsés par un champ de tournesol en pleine beauté. 
Le ciel fait son triste et roule ses nuages de plomb, promesse de pluie, l’été réclame son eau. Qu’il pleuve donc !


Commentaires

Marraine Céline a dit…
Bonjour et bienvenue en été ! ça y est on est dans le même fuseau horaire :-)
Merci de ces lignes toutes poétiques, respiration par le dos, recul : ouf, ça fait un bien fou !
ça m'évoque un livre passionnant récemment lu mais pas tout nouveau, vous le connaissez peut-être : Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier... "Un sourire qui venait de la vaste steppe de la vie lucidement vécue"...
"L’inconfort d’entendre et de comprendre les petites exigences de chacun" : merci d'avoir souligné cet inconfort de retour en terre francophone, il était là sans être mis en (jolis) mots et oh combien je le partage, ne plus pouvoir déambuler dans ses propres pensées abritée par la barrière linguistique... Bien à vous !

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