Intermezzo


Malaisie et Thaïlande du 25 novembre au 10 décembre

A la recherche des ondes

Les cyber-cafés, c’est pratique, souvent confiné et étouffant même si un gros ventilateur brasse l’air épais et gluant. Les boss y sont parfois agréables parfois non, comme dans tous les commerces. Nous les fréquentons régulièrement mais sachez-le : pour alimenter un blog, ce n’est pas suffisant. Surtout si pour agrémenter les textes, vous y glissez quelques photos. Les tauliers, pas fous, laissent rarement le chaland fourrer sa clé usb dans ses précieuses machines, on le comprend,  le facteur bordel à virus est trop important !
Selon les lieux, un cyber-café est un commerce encore bien lucratif ou en fin de course, les prix varient en Inde entre 20 et 60 roupies l’heure.
Au moment de prévoir un budget, pensez à deux postes souvent oubliés : le cyber-café et l’eau potable. Ça monte vite ! Sur les voyages courts, ce n’est pas forcément important mais sur les long, ça compte et grimpe vite.

Les touristes parlent aux touristes

Nous quittons l’hôtel de luxe (4000 roupies de discount, ça ne se refuse pas, un peu comme un pied de nez grinçant à ce pays où misère et luxe se côtoient sans complexe, t’es riche c’est ok, t’es pauvre, c’est comme ça).
C’étaient les derniers jours en Inde et nous nous sommes offert ce luxe éhonté après toutes les turnes antérieures afin de satisfaire nos égos galopants qui rêvent d’inonder le monde de nos écrits impérissables à travers le confort de la Wifi. Nous passons ainsi des heures à élire une photo, ratiociner sur un mot, un titre afin de partager avec les aminches et autres lecteurs chéris nos états d’âmes et autres extraits de nombrils.

Râlerie 

L’Inde est fière (et on le comprend bien) d’être à l’origine de toutes les spiritualités. Mais tant de générations d’hommes ont interprété les Upanishad et autres textes sacrément sages qu’ils en ont tristement figé les sens et l’essence à un niveau humain bien restrictif, qui dicte le sacré à grand coup de règles et au détriment du bon sens qui en perd tout son sens. Humain, trop humain ! Comment cesser de brandir nos voiles de croyances comme s’ils étaient les seuls capteurs de beauté et de paix ?

Alléluiah, Om, Shalom, Allah ouakbar

Et gâterie

Alors voilà, pour une fois nous avons quitté nos petites guest housses au profit d’un hôtel étoilé bien impersonnel comme on en trouve partout et qui n’ont en effet pas grand intérêt, à part d’offrir un peu de silence dans un pays bruyant.
Ce pays à peine entrevu durant 5 semaines est absolument fascinant, dépaysant. Il n’a cependant rien d’un paradis sur terre à nos yeux, d’ailleurs, je ne vois pas quel pays pourrait répondre à ce critère.
J’ai été profondément touchée par cette société qui fait de l’inégalité un principe en soi. Cette façon d’entretenir des archaïsmes sociaux me gêne, c’est comme ça. Chez nous, c’est pareil, un bourgeois reste un bourgeois même lorsqu’il cherche à s’encanailler.

Rencontre

Quand on voyage, il est essentiel de faire des rencontres d’humain à humain. Ces rencontres ne se programment pas, elles adviennent au détour d’un siège d’avion quand notre voisine toute voilée, toute curieuse et sympathique discutera avec nous de tout, de rien, de philo et de la vie à Kuala Lumpur. Elle nous guide pour nos premiers pas dans la grande ville, on échange nos cartes et voilà, peut-être un jour, ailleurs, qui sait ?… Inch Allah
En Inde, ces rencontres ont été rares même si nous avons partagé un brin du monde avec un jeune couple de Bombay, une mamie curieuse, un monsieur à l’allure sévère, un rigolard, une enfant sage aux grands yeux… ou encore ces trois femmes priant Saint Antoine de Padoue qui nous ont offert du pain et une banane…
Souvent ce que nous prenons pour une rencontre masque un intérêt quelconque. La curiosité, la sympathie ont toujours été un atout dans le commerce quel qu’il soit et parfois, nous confondons ça avec des rencontres… Pour moi ces rencontres n’en sont pas vrziment, elles sont agréables certes mais bon ! à moins de partir avec des contacts dans le pays, il n’est pas toujours donné de rencontrer l’autre réellement, chez soi non plus d’ailleurs.
D’ailleurs la question reste entière, qu’est-ce que ça veut dire : rencontrer l’autre ? Là aussi, les réponses sont multiples.
J’ai souvent remarqué chez les touristes de tout poil, y compris chez moi et je n’en suis pas fière, un regard de visiteur de zoo qui cherche les bonnes grâces du singe ou encore la bonhomie d’un missionnaire plus ou moins charitable. Il faut du temps pour devenir un voyageur et lors de petits voyages de quelques semaines à peine, on reste malheureusement  un indécrottable touriste à la recherche d’exotisme et de rencontres soi-disant authentiques, c’est comme ça et c’est pas pire, c’est même souhaitable de sortir de sa coquille afin de partager avec l’autre ses différences et ses similarités car un être humain, reste un être humain et il est bien souvent le même quelque soit le lieu à l’autre bout du monde comme dans un camping landais.
Suivre le troupeau des touristes (qui généralement ne sont pas fous et squattent les plus beaux endroits de la planète) ou s’égarer dans les chemins de traverse ne change pas grand chose en terme de rencontre.
Il n’y a pas de plan possible dans la rencontre avec l’autre. Elle arrive ou pas, c’est l’ouverture sincère du cœur et du moment qui fait la différence. C’est une question d’instant, de connexion, de hasard et vous savez ce qu’on en dit…
Il est fondamental pour moi de considérer l’autre comme mon égal qu’il soit noir, jaune ou blanc, riche ou pauvre, jeune, vieux, nourrisson ou cacochyme, français, indien, lapon, hindou, musulman, chrétien, animiste, athée ou communiste. Je mesure la valeur d’un homme à son ouverture et à sa tolérance.
Une des maximes lues chez Amma dit en gros ceci : même si être honnête et franc te rend vulnérable, sois honnête et franc.
Il y a dû y avoir trop de missionnaires dans ma famille et je chope une crise d’urticaire chaque fois que je détecte un Blanc ou un Noir qui prétend que sa vérité est la meilleure parce que c’est la sienne même si, moi aussi, là, présentement, comme vous pouvez le remarquer, je fais la même chose !
Je n’aime pas non plus les attitudes paternalistes ou voyeuristes même si même si…
La rencontre est précieuse, elle peut ne durer qu’un instant quand celui qui n’a rien, te tend un caillou en guise de présent. Un regard, un sourire, un rien suffit à emplir le cœur.

Kuala Lumpur, changement de planète

À l’unisson d’Alfred, je confirme le choc, le souffle barbare, l’onde capitaliste qui nous traverse à l’arrivée. Rien ne m’a choqué en Inde, à part l’inégalité criante voire criarde des uns par rapport aux autres. La misère, les estropiés, les transports branlants, les ordures, la saleté, les gurus, je m’y attendais mais la frénésie de Kuala Lumpur m’atteint de plein fouet.
Petites comparaisons entre deux
Les queues sont sages, longues, respectueuses, on attend derrière la ligne jaune et c’est chacun son tour. En Inde, tu pouvais croire que c’était pareil tant que le signal d’ébranlement de la queue n’était pas donné car sitôt que la porte du train, de la banque, du cinéma, du bateau, de la visite… s’ouvrait, la foire à l’empoigne commençait et il valait mieux avoir des talents de pilier de rugby pour garantir sa place dans la file sinon t’avais qu’à développer ton sens de la philosophie et te dire que ce n’est pas bien grave de te faire passer devant et que tant pis, tu prendras le prochain train…
Inde, adieux temples, mosquées et haut-parleurs nasillards. Même les églises y vont de leur petit refrain lancé depuis les haut-parleurs du clocher. (Le son a décidemment une place d’honneur en Inde).
Malaisie, bonjour ô grand temple de la consommation et musiquette d’ascenseur en sourdine. Bof, pas bien appétant.
Inde, adieux tenues chatoyantes aux couleurs pétantes pour peaux brunes, les femmes sont tellement femme-femme là-bas. Adieu affreux nylon tergal pour les hommes, dhotis sur mollets virils ou maigroulets.
Malaisie, bonjour l’éclectisme des tenues, de la burka obscure au tchador miroitant et coloré, du short ras la foune perché sur 15 cm de talon au jean tee-shirt international, les fines silhouettes asiatiques se dandinent du mieux qu’elles peuvent.
Quand on arrive en ville
L’aéroport est à 65 bornes de Kuala Lumpur et tu peux acheter ton billet de bus direct dans l’avion. Air Asia est de mèche avec une compagnie pas plus chère qu’une autre (9 ringgits). Puis direction le métro et le monorail aérien pour une balade au cœur du grand boum économique. Les grues se partagent le paysage avec les buildings flambant neufs, les mosquées gigantesques aux lignes contemporaines du plus bel effet se mêlent à quelques vestiges colonialistes, indien, chinois…
Nous échouons avec bonheur et curiosité dans une turne infâme de Chinatown, le Groocer’inn pour 50 ringgits (vraiment pas cher et nous avons la Wifi !). L’ancienne demeure de style asiatique a gardé quelques vieux mobiliers chinois ; quelques photographies de sa gloire passée agrémentent les murs douteux. Mais, nous ne nous plaindrons pas, nous avons une fenêtre, deux ventilateurs et 8 m2 pour semer notre bordel en quelques heures montre en main. Mais à quoi sert de rester dedans quand nos papilles frétillent d’impatience devant du gras de porc grillé et fumé, du canard, d’étranges boulettes blanchâtres (bof, pas terrible la seafood reconstituée puis plongée dans un bouillon d’eau claire et servie avec force piments), des légumes de plus en plus inconnus dont certains ressemblent étrangement aux jacinthes d’eau qui encombrent les back-water du Kerala. Les  bouillons exhalent avec insolence leur fumée citronné, piquant, clair comme une purge ou sombre comme un black tea mais à chaque fois délicieux même s’il faut savoir laisser infuser le tout et l’enrichir d’une ou plusieurs sauces mises à disposition sur la table.
à part une visite éclair aux twin towers du coin (les fameuses Pétronas ! décidemment, je le confesse, j’adore l’architecture des buildings, elles sont pour moi un peu nos cathédrales modernes), nous ne quitterons guère chinatown et sa voisine old india. Nous verrons si notre come back avant le grand saut latino nous embarque ailleurs dans la grande ville affolée.

Du 27 au 10 décembre 2010

En plein dans la carte postale
Bienvenue au pays de l’homme libre, la devise nationale de la Thaïlande sonne à mon cœur et les grands Bouddha couchés m’inspirent déjà un respect infini.
Nous voilà au cœur de la carte postale, la beauté de la nature est à elle seule un appel au sacré, plus besoin d’aucun Dieu et s’il existe, il est là. On peut dire qu’il l’a joué fine sur cette partie de la planète. Ya des endroits comme ça, différent de tous les autres où la parole est inutile, où il suffit de laisser le regard s’enivrer tout seul. Alors je lève la tête vers les falaises qui pleurent leurs larmes de calcaire, je baisse les yeux devant un drôle de ver orange hérissé de pompons roses cerclés de bleus. Je lorgne les singes aux yeux maquillés comme des voitures volées. Je traque le calao dans les branches au petit matin et je chasse les moustiques le soir, saloperie, qu’est-ce qu’il y en a ! La saison qui devrait être sèche ne l’est pas et la pluie pointe ses gouttes quasiment tous les jours, une heure ou plus. Heureusement, elle est le plus souvent nocturne.
Voyager par ici est tout simple, faut dire qu’il faut chercher pour ne pas tomber sur un coin touristique, yen a partout. Alors depuis 15 jours nous rencontrons de tout. Depuis que nous sommes là nous n’arrêtons pas d’avoir des propositions d’adoption. D’abord un jeune couple de français, 19 et 23 ans, ils ont travaillé toute la saison d’hiver puis enchaîné sur celle de l’été et ils sont là en vacances, bien décidés à en profiter avant de reprendre les saisons jusqu’à l’automne prochain qui les verra une fois de plus voyageurs. Nous passerons une semaine avec eux. Jo nous a invités pour ses 20 ans et tous les gens que nous croiserons thaïlandais, européens, américains, australiens (ils sont pléthores par ici) ne manqueront pas de nous demander si nous voyageons en famille et devant nos rires, ils insisteront en disant qu’il existe une ressemblance entre sébastien et alfred. Et c’est vrai ! Ensuite lors de la fête pour les 20 ans de Jo organisée chez Yo Tattoo, un copain Thaïlandais du couple, nous ferons connaissance avec un jeune Thaïlandais qui toute la soirée nous appellera papa, mama. Nous apprendrons qu’il est orphelin et que le pétard et l’alcool le rendent nostalgique. Aujourd’hui c’est une vieille dame qui nous appellera aussi : papa, mama, ça doit être une expression du cru. A creuser…















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