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Catherine & Alfred

mardi 5 avril 2011

Sud Lipez, Attitude Altitude



En fuite
Depuis Cordoba nous sommes en fuite, vite en terminer avec l’Argentine. L’épisode Villa Belgrano nous a laissé un goût amer. Que s’est-il passé ? nous ne le saurons jamais probablement…
Sergio, celui pour lequel Alfred s’est décidé pour ce voyage ; Sergio ce souvenir d’il y a 25 ans ; Sergio celui qui a balancé à une journaliste de La Dépêche qui signait Nighthawk et qui pérorait en lançant à la ronde :  «  Oh comme j’aimerais voyager autour du monde, ce doit être merveilleux, oh comme j’aimerais… » Mais Sergio lui a coupé la lippe et répondu sèchement : «  T’as qu’à le faire ! ».
Poc ! une réponse si peu douce, si peu nuancée, si peu policée mais qui est tombé dans l’oreille d’Alfred comme un coup de canon, comme une parole essentielle qui devait s’imprimer pour toujours.
Sergio qu’Alfred avait retrouvé sur FaceBook il y a quelques mois ; Sergio qui m’a fait pencher vers l’Amérique moi qui ne rêvais que d’Asie ; Sergio avec qui nous avons tchatté depuis l’Inde et qui nous avait confirmé, une fois de plus : «  Venez, je vous attends… » ; Sergio avec qui nous devions passer le premier de l’an… Mais un « je ne sais quoi » nous a retenus à Buenos Aires. Une drôle d’impression, maintenant, je peux dire qu’il s’agissait d’une intuition. Je confirme et signe, une intuition ne se vérifie que quand on ne la suit pas ! Sinon, on ne le sait pas. Donc intuition ! Mais Alfred y tient…
Sitôt que notre venue s’approche, Sergio semble reculer, un peu comme dans un tango : un coup j’avance, un coup, je recule.  Dans ce drôle de tango, nous entrons…



Dégoût
Un début, spolié, que je devrais effacer, histoire de cleaner, de décliner, une fois de plus.
Stop… explication : j’avais écrit ces lignes-là bien avant Alfred mais maintenant qu’il a conté son histoire, elles sont bien redondantes mais comme j’en ai marre d’effacer mes écrits sous prétexte qu’Alfred écrit pendant que je mets en ligne et qu’il répugne à travailler sur mon écriture alors qu’en bonne secrétaire de rédaction je n’hésite pas à travailler sur les siennes, histoire de lisser, effacer les lourdeurs, etc. Je les laisse, là, comme ça…

C’est décidemment pas facile l’écriture à 4 mains et j’en ai marre de m’effacer, toujours ce tic de SR et de constater que dans les commentaires, vous semblez tous considérer que ce blog est écrit par Alfred. J’en ai marre et en ce jour de mon anniversaire, 51 ans, messieurs-dames, je m’insurge. Et m… Voilà c’est dit, ça fait du bien.




Errance
Donc nous traînons nos guêtres et notre étonnement vaseux dans les rues ensoleillées de Cordoba en attendant le bus de nuit pour Jujuy. Après avoir abusé d’une fourchette libre (Tenedor Libre=buffet, voir post précédent), nous atterrissons dans un parc public façon Buttes Chaumont ou parc Montsouris, bref un parc XIXéme siècle. Nous siestons sous un vénérable eucalyptus, nous sirotons des orangeades dans un kiosque bistro branché Wifi, j’en profite pour y oublier ma banane avec mon carnet de voyage, ma clé USB, mes coussins de voyage et autres babioles mais heureusement mes papiers et mon portefeuille étaient rangés ailleurs. J’ai plus ma tête !


Première rage
Surtout qu’en ce joli après-midi alors que courageusement j’allais mettre en ligne le post sur Comodoro, je m’aperçois par un mystère informatique jusque-là non élucidé, que mes écrits ont disparu. Comme si Sorcière Informatique m’avait joué un tour et avait gardé les écrits d’Alfred et supprimé les miens. Vous pouvez rire, moi ça m’a fait exploser de rage car c’est au moins la 4 ou 5ème fois que ça arrive et c’est très pénible. Un peu comme s’il m’était intimé d’arrêter d’écrire, de jeter l’éponge, stop, tourner la page, faire autre chose. L’écriture c’est pas pour toi, laisse-la aux autres, continue dans la négritude et l’effacement, ne cherche pas la lumière ! Ben peut-être mais non, j’y arrive pas. Tant pis pour la reconnaissance.
Je n’ai jamais eu le sentiment d’être vue ni reconnue par mon père et si peu par ma mère en ce qui concerne l’écriture que j’ai fini par me dire que tant pis, la gloire et la reconnaissance ce n’est pas pour moi.
J’ai pas les bases et je ne sais pas faire autrement jusqu’à présent. Je me contente d’être régulièrement blessée par la transparence et le peu d’intérêt suscité par mon travail d’écriture. Je me satisfais en donnant de l’âme dans des ateliers où j’accompagne les autres vers leur écriture. Je rencontre quelques succès, Alfred par exemple ! Je donne de l’âme à quelques magazines quand l’occasion se présente… J’écris des romans qui ne sont jamais publiés, c’est comme ça. Je ne dis pas que c’est définitif, je fais ce bilan en ce mitan de vie. 25 ans que l’écriture me tient, me résiste, me comble et me désespère. Hé bien non, même toute l’indifférence du monde ne me fera pas cesser, un jour peut-être la roue tournera et d’ailleurs qu’importe l’essentiel est dans l’écriture, pas ailleurs, quoique ! arrête de faire la fière Catherine, un peu de reconnaissance ne nuit pas !



But the show must go on
Plouf, plouf, revenons à notre bus de luxe. Épuisés par tous ces kilomètres avalés en quelques jours, nous nous sommes offert le salon cama avec champagne et tout et tout. Les sièges s’inclinent jusqu’à former un lit plat : le bonheur ! Nous arrivons à Jujuy au pied des Andes vers 9 h, quasi reposés. Sans coup férir, nous poursuivons vers la Quiaca, village frontière vers la Bolivie sans nous préoccuper de nous ménager des paliers d’adaptation à l’altitude. C’est comme si nous voulions quitter l’Argentine dare-dare afin de nous laver de cette société sacrément esquintée par les années de crise où l’on se fout de son voisin, où l’arnaque est toujours là sous-jacente, où l’individualisme est de rigueur et le cynisme une religion. Heureusement, nous avons aussi rencontré quelques argentins formidables.
La montée vers la Quiacà est tout simplement magnifique, nous traversons des villages coloniaux chamarrés où les indiens sont majoritaires, des cactus au diamètre impressionnant rivalisent de formes. Nous avons le phallus de base, les candélabres sophistiqués, certains sont même en fleurs. Plus haut, ils se font minces et moins massifs puis disparaissent du paysage. Nous arrivons vers 14 h, ravis.







Border line
C’était sans compter avec le passage de la frontière, une fois de plus épique. Nous attendrons 3 heures sous un soleil de plomb qu’une seule douanière, molle à souhait, daigne faire son boulot pendant que ses collègues gèrent la queue agacée mais docile sans pour autant prêter main forte à la dondon récalcitrante. Une fois de plus, nous mesurons la jouissance que procure un petit pouvoir sur la femme frustrée… car franchement, elle fait pas d’effort voire elle y met une mauvaise volonté évidente. Au bout de deux heures, je tourne devant la guérite mon passeport en main en la regardant travailler, elle me propose un passe-droit avec ironie, nous sommes tentés par le refus altier mais nous acceptons, nos passeports européens sont tamponnés en 30 secondes et yallah, décidemment l’Argentine nous laisse un goût amer. Côté bolivien, nous rentrons en 30 secondes.




Altitude, altitude, vous avez dit altitude ?
Villazon, nous sommes montés trop vite, nous sommes énervés et l’altitude ne pardonne rien. À 3400 m nous nous escanons, nous soufflons comme de vieilles choses, la tête se rappelle constamment à nous comme un lendemain de cuite, une douleur flotte lancinante, le moindre mouvement nous coûte et nous coupe le souffle. Nous remontons la rue commerçante jusqu’à la gare et attrapons in extremis un billet de train pour le lendemain 15h puis nous échouons dans une turne infâme en face de la gare quand une pluie diluvienne arrive et nous cloue dans notre piaule jusqu’à ce que la faim nous pousse dehors. Le lendemain, opération change et déambulation lente dans ce bled triste à pleurer.







Intermède ferroviaire
Arrivés devant la gare, des touristes du monde entier semblent surgir de partout. Nous en avions repéré peu dans les rues… Enfin le train démarre, doucement, tout doucement, d’ailleurs il n’accélérera guère durant le voyage.
Nous avons pris la classe Ejecutivo, la meilleure mais la différence de prix (le double) avec la classe Salon ne se justifie pas. L’écran de télévision est plus grand afin de mieux apprécier les films de catastrophe ferroviaire (sic) et on nous sert un repas. Une fois de plus, nous traversons des paysages somptueux. La différence entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord est que les nordistes sont meilleurs vendeurs que ceux du Sud. Les westerns ont fait leur œuvre mais la frangine latine n’a rien à envier à l’oncle Sam, elle recèle d’autant de trésors.
Nous arrivons vers minuit à Uyuni et nous nous laissons prendre en main par une indienne venue faire de la retape pour son agence. Résultat, nous voici à la tête d’une nuit d’hôtel gratuite et d’un tour de 3 jours et 2 nuits pour 650 Bob (mas o menos 65€) plus 150 Bob pour l’entrée au parc national, dérisoire. Nous passons une mauvaise nuit, enfermés dans notre piaule cosy mais sans fenêtre. Le lendemain, selon les habitudes sud américaines, le départ prend du retard, un groupe de jeunes brésiliens râle devant l’annonce des 150 Bob en rab, non prévus dans le contrat avec l’agence. Ça commence mal !




En route, mauvaise troupe
Nous sommes 13 touristes +3 guides (2 chauffeurs et une cookie) et 2 4x4 Lexus et Toyota.
7 brésiliens, 1 anglaise, 1 californien, 1 japonaise, 1 équatorien (très amoureux d’une brésilienne, c’est un beau roman… fredonnerons-nous souvent dans la voiture) et nous : la Pachamama et le Pachatata, tels qu’on nous a surnommés au Chili et ma foi, ça nous va bien. En bons doyens de l’équipe face à une moyenne d’âge d’une vingtaine d’années (allez peut-être un début de trentaine pour le Californien de Saint Domingue et la Japonaise), nous tiendrons nos rôles de vieux sages ! Nos guides ont une quarantaine et sont d’une efficacité remarquable. Clin d’œil à Carole et Isabelle, ça fleure bon notre expédition en Mongolie.

Nous voilà partis pour le Salar, vestige d’une ancienne mer asséchée qui culmine maintenant à près de 4000 mètres d’altitude. Un premier arrêt dans un bledou qui borde le Salar nous est proposé, histoire de nous pousser à la consommation. Je m’achète un feutre vert qui se révèlera fort utile et me fera ressembler à une tête de bite mais bon, c’est pas grave.













Innocence
Puis arrive l’entrée sur le Salar inondé en cette saison de pluie. Du coup, ça ressemble à un immense miroir où le ciel fait sa coquette.
L’horizon nous joue des tours et les effets d’optique montent en puissance jusqu’à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. C’est absolument magique ! Nous roulons sur cette immensité plate comme la main, direction un hôtel de sel où est prévu le déjeuner. Lino, notre chauffeur nous propose de s’écarter du chemin où tous les 4x4 passent à la queue-leu-leu afin de nous ménager des points de vue plus sauvages. Il nous conseille de marcher un peu pieds nus sur ce Salar « magique ». Il nous laisse à « courte distance » de l’hôtel afin que nos os savourent les immenses bienfaits de cette eau saturée en lithium, en sel et autres nitrates précieux. Sans méfiance, nous acceptons, Lino évalue à ¾ d’heure la marche nécessaire pour rejoindre l’hôtel.














Le Salar de la peur
Quand je pose mon petit peton dénudé sur la surface cristalline, je sens bien que l’effet sera pour le moins réflexologique ! Ça picote sous la plante mais quand faut y aller, faut y aller !
Misère, misère, après l’effet christique où la sensation de marcher sur l’eau m’élève vers le surnaturel, je retombe bien vite quand tout doucement mes pieds se ramollissent et s’écorchent sur les cristaux gros comme des tessons de bouteilles brisées par milliers. Impossible d’y échapper. Tous les exercices zen n’y suffiront pas, tous les refoulements de la douleur se refuseront alors j’entre dans la souffrance et avance comme une chinoise aux pieds bandés à qui on aurait demandé de marcher sur des kilomètres. Pour couronner le tout, un énorme nuage sombre comme l’enfer s’annonce à tribord. Il avance vite le bougre, il me redonne l’espoir que Lino notre chauffeur va réagir et venir à notre rencontre. Les brésiliens se mettent à avancer plus vite en s’échangeant régulièrement la paire de tong qu’ils ont eu la prudence de prendre malgré les conseils de « va nu pied » andin de Lino. Ils râlent, s’offusquent mais avancent tandis que je m’enfonce dans la douleur. Je propose à Alfred qui me soutient du mieux qu’il peut, de partir chercher Lino et je le regarde qui s’avance à grands pas. 
Je me suis fait ratiboiser la corne des pieds en Thaïlande, résultat ils sont devenus hyper sensibles. De grosses larmes m’aident à endurer mon martyre jusqu’à ce que enfermée dans la souffrance je me mette à hurler dans ce désert d’eau. Je hurle comme une damnée, je hurle comme je ne l’ai pas fait depuis des années, je hurle jusqu’à ce que les cris deviennent plaisir, je hurle et ris tout à la fois. Doucement la souffrance s’éloigne un peu et me laisse allonger le pas mais c’était sans compter avec le gros nuage noir qui en profite pour se décharger de sa lourde grêle juste au-dessus de moi. Des grêlons gros comme des billes me pilonnent la tête, me labourent le dos, je suis trempée, exténuée alors soudain, une haine pure s’empare de moi. Je maudis à tue-tête le ciel et la terre en levant un poing rageur vers les éléments déchaînés. Immédiatement la situation se retourne pour laisser place à un moment de grande folie où je danse sous la grêle, en tapant des pieds sur les cristaux sans qui ni sel ni grêle ne me molestent plus. Ce moment d’euphorie court mais intense me donne des ailes, j’en profite pour regarder autour de moi malgré la grêle qui m’intime de garder la tête baissée : rien, wallou, tout est sombre, je ne vois plus rien, le ciel a touché terre quand soudain un éclair suivi de très près par un grondement grave me ramène un lot de peur. Je me souviens des conseils de mon grand-père : allonge-toi et ne bouge plus. Il ne manquait plus que ça ! Un autre éclair, je m’agenouille, prête à prier. Un troisième éclair me laisse entrapercevoir le 4x4 qui arrive vers moi. Enfin les voilà alors je m’immobilise et laisse le sel, le ciel et l’eau m’envahir jusqu’à la moelle. Quand je monte dans le 4x4, je suis incapable d’exprimer quoi que ce soit. Un lourd silence s’installe en moi, je ne pourrais en sortir que quelques heures plus tard.
Le cimetière des trains, je le contemplerai muette, en harmonie avec l'ambiance désolée et rouillée.
Arrivée au gîte du soir, nous nous câlinons les pieds avec massage, huiles essentielles et crèmes à gogo. Nous nous offrons pour 14 bob deux douches chaudes avant de sombrer dans un profond sommeil malgré le boucan des d’jeuns qui chantent à tue-tête afin d’évacuer leur colère tout en fumant joint sur joint. Pauvre Lino, il n’a pas gagné son Paradis ce jour-là mais il a grandement contribué à la solidarité du groupe…















Euphorie
Après la pluie, le beau temps ! Cette seconde journée sera pour moi sous le signe du bonheur et de la félicité. Quelques feuilles de coca bien calées entre gencive et joue, tiendront les migraines à distance. En ce jour-là, après l’enfer, j’ai touché le Paradis. La journée sera plus nuancée pour Alfred comme elle le fut la veille. Son Paradis sera pour le lendemain pendant que je rejouerai La belle au bois dormant. Tout m’apparaît merveilleux, beau, rassurant, accueillant. Les lamas sourient à notre approche. Les lagunes vertes, bleues, rouges s’éclairent à notre passage malgré un ciel chaotique. Les oiseaux viennent vers moi, les rochers se font animaux à la lumière du soir, la végétation illumine l’austérité ambiante. Nous passons un col à plus de 5000 mètres d’altitude et je me demande vaguement devant l’authentique joie que je ressens si je ne suis pas en train de choper quelque mal des montagnes. Femme de peu de foi, va et profite de ce bonheur offert ! Nous nous arrêtons tôt dans l’après-midi et évitons ainsi un nouveau déluge ! 

























Amour toujours
J’en profite pour écrire à toute vitesse et pour discuter avec le jeune couple formé par Vanessa et Silvio. Ils sont beaux, ils aimeraient croire en leur amour naissant mais ils se méfient. D'eux ? De l'amour ? D'un peu des deux ? Elle ne sait pas, il n'y croit pas et moi j'ai envie de leur chanter les louanges de l'accord-éon, l'espion qui sait mais ne dit rien. Car ça se sent qu'ils sont bien ensemble, qu'il y a une harmonie évidente mais ils sont jeunes ! Je ne peux souhaiter qu'un peu de grâce et beaucoup de chance à cet amour commençant.
Elle poursuit des études cinématographiques à Florianopolis, Brésil, il est acteur, chanteur à Quito, Equateur. Ils ont tourné un court-métrage ensemble et depuis ils se pourlèchent les babines comme de vrais jeunes amoureux. Leur fusion, même parsemée de confusion, fait chaud au cœur. Au troisième jour de ce voyage, ils se sépareront. Il descendra vers le Chili, elle retournera chez elle. Ils se promettent de se revoir, ils espèrent, ils se désespèrent déjà. Ils font les tendres, ils font les durs. Ils se tiennent par la main, par la bouche pour mieux se fondre encore un peu l’un dans l’autre. Ça m’émeut, en plus ils sont vraiment sympas. Silvio ressemblerait à Sergio jeune, dixit Alfred, étrange coïncidence !



De la musique encore et toujours 
En début de soirée s’organise un récital, Silvio nous régale de standards de Silvio Rodriguez et autres pendant que les Brésiliens bouillent d’impatience. En effet, Silvio est gaucher (surdo) et sa guitare montée à l’envers est inutilisable pour un droitier. Pôvs Brésiliens frustrés de ne pas pouvoir donner la réplique. Jusqu’au dîner, ils laisseront l’équatorien égrener ses mélodies, ils seront bon public, ils feront chœurs du mieux qu’ils pourront mais ils négocieront sec un montage de cordes à droite afin de démontrer ce que musique brésilienne veut dire. Un groupe de français débarque, les brésiliens tenteront de les inviter au concert du soir puis les traiterons de snobs devant leur indifférence. Je m’excuse au nom de la patrie et serai immédiatement absoute grâce à mes connaissances en bossa nova et autres foros…



Concert de joie
Le dîner avalé, perso j’ai l’appétit en chute libre à ces altitudes, les brésiliens s’organisent. Je suis impressionnée, en deux temps, trois mouvements, ils transforment leur dortoir en véritable boite de nuit, les sacs en plastique deviennent percussion, les bouteilles batterie, the guitare reste guitare et passe de main en main, ceux qui ne chantent pas leader font immédiatement chœur, quand les paroles s’échappent, les la la la empêchent l’arrêt du show. Un Panama posé sur une frontale assure une douce lumière pendant qu’une torche plus puissante manipulée avec une bouteille en plastique bleue produit un son et lumière du plus bel effet. C’est parti ! les 3 petits gars du Pantanal se mettront à rouler un bazillado pour chacun afin que tous se sentent libres de fumer ou non : " Prend, c’est cadeau et si t’en veux pas tu l’offriras à un nécessiteux plus tard dans la soirée." 
Bon tout est en place, c’est parti, Arturo Joli, le Paulista nous chantera les derniers rap-samba à la mode et nous mimera les gros machos, les pôv hommes impuissants devant les femmes devenues surpuissantes, il grincera l’amour faux-semblant, il ironisera la « nova » société, toute faite de rêves de consommation et de faux désirs, il jouera des épaules et du cul à faire tomber de honte Elvis lui-même. 
J’aime beaucoup ces nouvelles chansons à thème bien brésiliennes que je ne connais absolument pas. Ça grince mais ça reste joyeux. Les trois petits gars du Pantanal qui n’en revenaient pas d’être nés l’année où je découvrais pour la première fois le Brésil, me réservent tous les classiques de la bossa nova et m’applaudissent à chaque fois que je sussure avec eux les paroles da garota do Ipanema et autres aguas de março… Alfred préfère se coucher pendant que je savoure ce concert improvisé que tous ces jeunes me dédient. Merci à vous, vous m’avez chauffé le cœur et l’âme.

http://bossanovabrasil.fr/jazz-bossa-et-delicatessen-295838.html

À bout de souffle        
Le réveil sonne à 4H30 mais personne n’a réellement dormi.
La journée sera longue.
Lino annonce qu’il n’y a pas de petit-déjeuner avant de partir car nous allons d’abord monter à 5000m puis faire une halte aux geysers où les vapeurs de soufre risquent de nous donner la nausée. L’ambiance est bougonne dans le groupe…
Nous partons vers 5h30, avant le lever du jour. Je reste admiratif devant le sens de l’orientation de notre chauffeur, capable de se repérer la nuit parmi les centaines de pistes de ce désert.
Le temps couvert nous prive d’un lever de soleil sur les cimes et un jour grisâtre éclaire faiblement notre ascension vers le col par un chemin totalement défoncé. Quelques flocons glacés viennent s’écraser sur le pare-brise et finissent par recouvrir la terre rouillée.
Nous sommes une bonne dizaine de 4X4 de touristes à nous retrouver haletants autour des geysers. Je suis un peu déçu car ils ne projettent pas les colonnes d’eau bouillante vers le ciel que j’attendais, seulement des vapeurs crachées par d’énormes chaudrons dans lesquels mijote une boue grise.
À quelques mètres de là, un forage artificiel fait par des Japonais siffle comme une soupape de cocotte-minute, crachant une vapeur tiède capable d’envoyer en l’air les petits cailloux que nous y jetons. Toute la région regorge de minéraux et les entreprises étrangères qui cherchent à les exploiter tentent ou ont tenté d’utiliser l’énergie géothermique avec plus ou moins de bonheur.
Nous repartons pour l’attraction majeure du jour : les thermes.
Un bassin naturel aménagé surplombe le bord marécageux d’une lagune.
Un jeune Européen entouré de cinq naïades brésiliennes y barbotent mais la plupart des autres touristes ont été arrêtés par la petite pluie froide matinale. Il est 7h00.
Il en faudrait plus pour nous empêcher de profiter de ce magnifique cadeau de la Nature. Nous enfilons nos maillots et plongeons avec délices dans une eau à 31°. Nous avons 30 mn avant le petit-déjeuner. Parmi les membres de notre groupe, seul Silvio vient nous rejoindre. Nous ressortons totalement détendus et retrouvons les autres.
D’un 4X4 descend un groupe de Japonais d’un certain âge ; ils portent tous le costume traditionnel de leur pays. L’image est saisissante.
Ana a préparé des pancakes que nous recouvrons de dulce de leche et déjà Lino donne le signal du départ. Prochaine étape, la frontière chilienne. Nous devons la rejoindre avant 9h30. Près de la moitié du groupe a choisi de s’y faire déposer pour prendre une correspondance vers San Pedro d’Atacama.






Laissez-nous vous présenter le désert Salvador Dali, altitude 5000 m

Avec le poutou de la Pachamama



Psychose 
Très vite, tout le monde somnole dans l’habitacle chauffé sauf Vanesa et Silvio qui profitent de leurs derniers instants avant de se séparer.
9h15, au loin, au milieu de rien, nous apercevons un troupeau de véhicules rassemblés autour de quelques bâtiments, comme des vaches à l’abreuvoir. En nous approchant, nous distinguons des drapeaux et une barrière, dérisoire. Le poste frontière est là. Un de plus…
Les minibus chiliens attendent les 4X4 boliviens pour un transfert de passagers. C’est le moment des adieux et ceux-ci ont quelque chose d’irréel dans ce paysage sauvage quasi lunaire. Cette barrière plus que d’autres souligne l’absurdité des limites artificielles que l’Histoire des hommes a créées.
« La nationalité est une limite de l’Ego » nous dit Alejandro Jodorowsky. Il sait de quoi il parle lui qui est né au Chili.
Ici plus qu’ailleurs nous nous sommes sentis enfants de la Terre, frères et sœurs, fils et filles de la Pachamama. Cette barrière nous ramène à une autre réalité, celle des empêchements et des limitations. La coca qui nous a aidés à supporter l’altitude, la coca que nous avons donnée en offrande, la coca, cette plante sacrée, est déclarée hors-la-loi de l’autre côté…
La soirée de la veille autour de la guitare a forgé des liens de cœur et la séparation nous arrache quelques larmes vite séchées par le vent. Silvio et Vanesa restent enlacés jusqu’au dernier instant, jusqu’à ce qu’il soit englouti par le bureau des douanes. Ils se sont promis de se revoir, dans deux mois, chez elle…
Notre groupe a diminué de moitié et nous gagnons de la place dans les véhicules. Dans le nôtre restent Lino, bien sûr, Ana, Vanesa et nous deux.
Nous sommes prévenus, le voyage de retour sera long avec très peu de haltes. Nous devons être à Uyuni à 18h30 pour permettre à certains de reprendre un bus. Nous avons quant à nous réservé un billet pour le train de minuit vers Oruro.







Quand t’es dans le désert        
Catherine et moi avons gagné l’estime de Lino qui a vu nos photos. « Vous n’êtes pas comme les jeunes, vous n’avez pas peur de marcher pour aller voir un peu plus loin et puis vous savez regarder ». Je lui ai fait la surprise de télécharger de la musique et des photos sur la clé USB qu’il branche à l’autoradio pour diffuser de la musique. Aussi, lorsque je baisse la vitre pour prendre un cliché, il ralentit ou même s’arrête, ce que jusque là il avait rechigné à faire, pressé par le programme à tenir (à certaines haltes, il vaut mieux arriver les premiers pour bénéficier des meilleures chambres).
Le temps qui menace lui fait choisir de revenir à l’hospedaje où nous avons dormi pour pouvoir déjeuner à l’abri, même s’il est un peu tôt.
Catherine n’arrive pas à se réveiller. Elle semble saisie d’un sommeil quasi hypnotique et malgré ma fatigue je ne parviens pas à fermer l’œil.
Nous reprenons à l’envers la route parcourue la veille, pourtant Lino a à cœur de nous montrer autre chose, passant par l’autre côté des lagunes par des pistes perdues au milieu des paysages grandioses sans cesse renouvelés. Vanesa rêve de Silvio, Ana est montée à côté de Lino après avoir passé deux jours des plus inconfortables complètement à l’arrière. Catherine dort, la tête posée sur mes genoux, comme si je devais veiller sur son sommeil. J’ai la sensation de vivre quelque chose d’exceptionnel, un peu comme en Mongolie. D’ailleurs, par bien des aspects ces deux pays se ressemblent. La Nature force le respect et l’adaptabilité est de rigueur.
Je retrouve cette sensation de faire partie d’un petit groupe d’humains au milieu d’un environnement qui peut vous broyer au moindre faux-pas, à la moindre panne mais qui aujourd’hui nous accueille et se dévoile. Notre Land Cruiser fait figure de scarabée dans ces vallées de géants et je les traverse en écoutant mon Ipod.
Cette fois c’est  One de U2 par Johnny Cash et sa guitare qui mouillera mes yeux. Love is the temple, Love is the higher law .
http://www.youtube.com/watch?v=D4dlqVlj6UA
C’est le sentiment qui m’habite en traversant ces déserts si près du ciel et je sens qu’au plus profond de moi se produit un grand nettoyage, comme si les Séraphins entrouvraient leurs ailes pour laisser passer un peu plus de Lumière.
Fatigue, excitation, bouffées d’Amour seront mon lot pour ce retour et le nettoyage sera également physique puisque ici débute pour nous une diarrhée carabinée…













Midnight train
Lino gare le 4X4 devant l’agence à 18h31.
Nous sommes épuisés, dans un état proche du zombie.
De petits groupes pauvrement costumés passent dans la rue en dansant. C’est le premier jour du carnaval, l’événement que tous attendent.
Lino et Ana ont hâte de pouvoir y participer. Nous leur offrons un large pourboire qu’ils accueillent avec gratitude. La fête n’en sera que meilleure.
Notre groupe se disperse. Il nous reste à récupérer nos sacs et attendre notre train à minuit. Nos corps se révoltent à cette idée et nous choisissons de nous offrir un hôtel pour une douche, quelques heures de repos et des toilettes. Nous nous maudissons d’avoir acheté ces billets mais le train ne circule pas tous les jours et puis le carnaval d’Oruro est classé troisième d’Amérique du Sud.
À l’heure dite, nous nous traînons jusqu’à la gare et nous installons à nos places pour un voyage des plus inconfortables entrecoupé de courses répétées jusqu’aux toilettes.
Nous débarquons à Oruro à 7h00 du matin. Nous y croisons d’autres zombies mais eux ont fait la fête toute la nuit. Nous finissons par dégotter un taxi qui nous conduit à la gare de bus. Notre plan est simple, trouver une chambre d’hôtel pour nous retaper afin d’assister au carnaval. Erreur grave… les hôtels sont bondés ou bien hors de prix, on nous promet peut-être de la place à midi au moment du check out.
Nous sommes soudain submergés par le désir de quitter ce pays, l’altitude et me manque d’air. Nous sommes devant la gare de bus, l’un d’eux part bientôt, direct pour Arica. Nous achetons nos billets.
En attendant, nous nous posons dans un bar-hôtel-pizzeria qui propose la Wifi gratuite et Catherine en profite pour réserver une chambre dans un hostel tout près de la gare d’arrivée. Le marathon continue.

Courante bolivienne

« Le bus est tout confort, équipé de toilettes et un repas vous sera servi » nous avait annoncé la guichetière. Résultat, nous nous installons dans un vieux Mercedes dont la porte des toilettes est condamnée. Le chauffeur est seul, il doit donc assurer la conduite et le service, son adjoint a probablement été frappé par la carnavalite aigue qui fait des ravages cess temps-ci.La circulation est fluide et notre transit liquide mais nous avons de la chance dans notre malheur car le bus s’arrête miraculeusement avant le point de non retour.

Puis arrive la frontière. Plusieurs bus sont déjà là, attendant leur tour.
Ma tripe est en révolution, ça urge. Le chauffeur m’indique les toilettes, là-bas contre les bureaux. Je m’y dirige en serrant les fesses mais c’est trop loin, je dois bifurquer vers deux cabanes derrière les camions. Je parviens à contenir les dégâts et à me soulager en plein air.
Une fois encore, le verbe a été créateur : j’ai emmerdé la frontière et ses douaniers. J’en profite pour offrir mes dernières feuilles de coca à la Pachamama.
L’entrée au Chili fait une fois de plus l’objet d’une procédure aussi tatillonne qu’inutile et nous repartons. La feuille de coca y est totalement interdite même si elle continue à circuler sous le manteau. Plante sacrée entre toutes pour les indiens, il faudrait plus qu'une misérable loi des blancs pour la bannir du territoire.
Nous atteignons enfin Arica aux alentours de minuit et grâce à l’aide attentionnée d’un passant nous trouvons l’hostel Tres Soles.
Nous respirons enfin.




4 commentaires:

Anonyme a dit…

Mais d'aventure en aventure, de port en porc, de gare en gare, jamais encore je vous je le jure vous n'avez pu oublier votre corps...
Ils n'ont pas d'argile dans ce continent ?
Isabelle

Anonyme a dit…

c'est beau, c'est bon, c'est du solide, du liquide avec de la sustentation en apesanteur mauve, une sorte d'élan fauviste traversant paysages et corps d'hommes et de femmes mêlés à la cadence d'un calendrier craquelé par le vent et la pluie des élémentaux ; élémentaire ma chère Catherine

ta frustration d'écrivaine pas très reconnue
la traversée du lac salé
les douanes
inouïe une vasque ouverte à pierres fendre
sur un tango d'azur beau comme un horizon haletant de tant et tant de ciels et de terre en dépliement de l'un à l'autre à n'en plus finir

ton écrit est grapillement d'éclats assérés si vrais, si anciens, si oeufs comme pour faire jaillir du ventre de la pacachama le visage de l'Etre absolu
tu vis de pieds et de regards avides de ce qui est
chapeau, - vert bien sûr - , madame Catherine

et je vous invite, tous deux, Alfred et Catherine à la fête de mes septante, le 18 juin, à Beaumont
baisers affectueux à vous deux

gaël

Frédérique a dit…

Merci Catherine pour le récit extraordinaire de la catharsis en croûte de sel.
Mes disques durs pleins de sauvegardes de textes, mes placards pleins de manuscrits revenus bredouilles de divers concours et autres maisons d'édition, et moi-même, partageons et compatissons à ce que tu écris sur l'écriture.
Bravo pour ces photos à peine croyables, mention spéciale pour le pneu et le camion, vous connaissez mes goûts...
Bonne continuation de voyage, et de grosses bises à Pachamama et Pachatata.
Frède

Armand a dit…

Il a de ces histoires qui vous rappelle que ce monde est loin, très loin, vraiment très loin d'être accueillant, les cailloux de sel qui ont abimés tes petits petons, les billes de glace qui ont labourées ton dos, histoire de crier aux quatre vents pour expulser ou exulter telle et le parcourt d'une femme fragile très chère Catherine, mais la renaissance passe au travers de tes m-aux-ots, continue a écrire, t'est la meilleur.
Je n'oublie pas Alfred, qui finalement a eu aussi un problème avec les selle :) et merci aussi pour les liens, on peut vous lire en musique.
Embrassade et amitiés.
Armand