O’punopuno

Après avoir joué le luxe européen durant trois nuits dans le même hôtel que Marie-Andrée et Jean-Marc et après avoir refusé de les suivre durant la dernière matinée dans leur visite organisée de la ville, nous les rejoignons au restaurant d’où nous devons repartir ensemble vers Puno.


Alors que Marie et Jean-Marc ont chaussé leurs lunettes afin de mieux déguster leur paire de cuys (prononcez entre rouille et couille), ces petits cochons d’Inde sommet de la gastronomie locale, nous goûtons au calme de l’environnement.




À la sortie d’Arequipa nous saluons une dernière fois le volcan.



Nous sommes prévenus, nous allons grimper. Avant de partir, nous avons donc pillé le buffet du petit-déjeuner qui offrait un panier plein de feuilles de coca. Chat échaudé…
Nous avons payé cher mais nous avons droit à un service que les lignes régulières n’offrent pas. Le guide est prolixe, intéressant et n’hésite pas à faire arrêter le bus dès qu’une photo le mérite. Grâce à lui, nous devenons imbattables pour différencier les lamas des vigognes et autres guanacos peuplant ces hauts plateaux qui ne sont pas sans évoquer l’Aubrac.


Une fois de plus dans cette cordillère, les paysages sont parfois à couper le souffle.


À l’arrivée, nous surplombons la baie de Puno dont la caractéristique principale est d’être formée par les rives du lac Titicaca. Heureusement pour cette ville qui, il faut bien le dire, ne présente aucun autre intérêt.
Notre voyage n’étant sponsorisé par aucun comité d’entreprise, nous décidons de retrouver un train de vie plus en rapport avec notre bourse et renonçons à l’hôtel étoilé dont bénéficient nos amis. Nous optons pour l’hostel à 60 soles qui y fait face. Nous bénéficions d’une chambre double avec salle d’eau et, comble du raffinement, deux serviettes de toilette sont habilement pliées sur le lit pour former deux cygnes se bécotant. Irrésistible.


Nous décidons de sortir pour dîner avec Marie-Andrée et Jean-Marc et finissons par choisir une gargote qui propose un menu à 4,50 soles. Pas terrible, c’est sûr, mais à ce prix-là, on ne peut pas se plaindre.
En sortant nous tombons sur l'ANPE locale et devant la mine désolée des demandeurs d'emploi, nous remercions la vie.


Jean-Marc, plus que barbouillé depuis notre arrivée à Puno marque les signes évidents d’un manque d’oxygène. Nous rentrons pour une petite séance requinquante.
Le lendemain, leur programme prévoit la visite de deux îles sur le lac. Nous nous donnons rendez-vous vers 7h00 à l’embarcadère. L’idée serait d’éventuellement nous joindre à eux ou bien de les suivre.


À notre arrivée, nous sommes immédiatement harponnés par les rabatteurs des bateaux qui proposent des sorties dans les îles aux touristes de passage. Nous résistons tant bien que mal jusqu’à l’arrivée de nos potes. Jean-Marc pète la forme et c’est Marie-Andrée qui est dans la semoule. En fait, leur bateau, comme leur bus, est réservé à leur usage exclusif, nous ne pouvons pas les suivre.


L’altitude et la fatigue nous font opter pour un aller-retour vers les îles artificielles proches pour un prix modique. Nous achetons nos billets et… il nous faut attendre que le rabatteur alpague d’autres gogos pour remplir le bateau d’un nombre suffisant de passagers supplémentaires pour amortir la course.
Nous finissons par partir vers 9h30. Les premiers clients attendent depuis 6h00 du mat.


Les îles sont toutes proches et leur visite très au point.
Le chef de la communauté qui nous reçoit nous explique la genèse de ce mode de vie particulier. Fatigués de se faire réduire en esclavage par les Incas d’abord et par les Espagnols ensuite, leurs ancêtres ont décidé de vivre sur des bateaux en jonc planqués au milieu des roseaux. Ils construisaient un abri tout rond sur le pont et entretenaient un foyer. 


Au fil du temps, ils ont commencé à se sédentariser en construisant des îles artificielles composées d’une épaisseur de racines de roseaux flottantes attachées entre elles pour créer une plateforme sur laquelle sont répandues des couches superposées de joncs coupés qu’il faut renouveler tous les 15 jours. 


Les plateformes, à la durée de vie d’une quarantaine d’années et qui nécessitent huit mois de fabrication, sont elles-mêmes fixées au fond, au moyen de pieux en eucalyptus. Sur chacune d’elles, chaque famille construit sa propre hutte. La raréfaction des poissons, monnaie d’échange avec les riverains, y rend la vie de plus en plus précaire et il semble que l’économie soit de plus en plus orientée vers le tourisme. À la fin de l’explication, chaque famille propose d’ailleurs un stand d’artisanat auquel il est difficile de se soustraire. Nous partons ensuite pour l’île principale à une centaine de mètres de là, sur un bateau en jonc agrémenté d’un pont en bois surélevé spécial touristes, propulsé par une barque à moteur qui le pousse à l’arrière. Notre départ est salué par les chants des femmes en plusieurs langues. Nous, les Français, avons droit à un « Frère Jacques » sans conviction. Sur l’île principale nous attendent d’autres stands, un restaurant et le seul bureau de poste flottant du monde. Nous nous partageons une excellente truite avant de repartir vers Puno.


Je suis conscient que le style de ces quelques lignes n’exprime pas un enthousiasme débordant de ma part, mais le ton plaintif employé dans la présentation de la « tradition » et la plainte permanente au sujet des arthroses et rhumatismes endurés par les habitants accrochés à ces îles humides n’a pas réellement suscité ma compassion (c’est mal…). 




J’avoue que ce comportement passéiste issu au départ d’une nécessité de fuir et de se cacher pour devenir aujourd’hui un système de vie sédentaire dépendant de la capacité à attirer le gogo revêt quelque chose de paradoxal. Enfin, les goûts et les couleurs…



Nous avons foulé les îles de paille, nous avons pris les photos, nous rentrons à terre sans regret pour attendre nos copains. Ils nous rejoignent à notre hostel vers 18h00. Nous ressortons pour dîner dans un restau végétarien et rentrons nous coucher. Le lendemain ils filent vers Cusco et nous partons à Copacabana, station bolivienne sur le Titicaca.


Nous nous levons aux aurores pour être à la station de bus avant 7h00, nous achetons un billet et arrivons à destination vers 11h00.
Selon la légende, c’est un marin originaire de Rio qui aurait baptisé la fameuse plage carioca du nom de ce village perdu pour remercier le ciel de l’avoir sauvé des eaux. 


Là, c'est Puno
Quoi qu’il en soit, cette station est bien plus riante que Puno, sa concurrente péruvienne et nous envisageons d’y passer quelques jours avant de rejoindre La Paz et d’y mettre à jour notre blog quelque peu délaissé. Sauf que même dans le meilleur hôtel il n’y a pas la wifi. 




Alors nous déjeunons rapidement au bord du lac, d’un filet de truite d’élevage, de celles qui, comme dans bien des eaux où elles ont été introduites, ont décimé toutes les autres espèces, puis nous revenons au bus avant qu’il ne reparte et achetons un billet pour la capitale. Nous aurons cinq jours devant nous pour nous y reposer, calmer les tempêtes intestines et blogger. 




Le voyage est long, quelques ciels et paysages tiennent pourtant à maintenir le niveau de beauté grandiose auquel nous a habitués la cordillère. Nous traversons le Titicaca, ce lac dont le nom vient du puma en langue indienne. 




La légende dit que les dieux avaient envoyé les hommes sur la Terre mais qu’ils y furent dévorés par des pumas et que les eaux du lac, slégèrement salées, furent formées par les larmes divines. L’étonnant, c’est que le lac a réellement la forme d’un puma qui court après un lapin alors que tout le monde s’accorde à dire que lorsqu’il fut baptisé, google hearth n’existait pas…



Bref, nous traversons en bateau le mince détroit qui sépare le chasseur de sa proie et nous atteignons La Paz en début de soirée. Crevés.




Commentaires

Jacques a dit…
Nicole et moi avons réservé les semaines 29 / 30 / 31 et 32 pour regarder vos photos et écouter vos commentaires sur votre magnifique voyage. On sera occupés les semaines 33 et 34 mais disponibles les semaines 35 / 36 et 37 si nécessaire ... J'espère personnellement que vous prenez des notes sur les recettes des "mets locaux" Bises
Armand a dit…
Le manque de passion et d'entrain me laisse songeur, la fatigue s'installe peut être? je trouve bien que vous vous posiez quelques jours. Le repos des aventuriers que vous êtes, relancera votre veine littéraire et une fois le souffle retrouvais, la gouaille légendaire de Catherine et la bonhomie d'Alfred retrouveront des couleurs et de l'espace, tout comme vos photos.
je vous embrasse.
Armand

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