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Catherine & Alfred

dimanche 20 mars 2011

Corrida à Córdoba

Mémoires cellulaires


En 1985, dans ma petite brigade de gendarmerie tarnaise, je préparais sans grand enthousiasme le concours d’officier de police judiciaire qui devait m’ouvrir les portes de l’avancement.
En ces lendemains qui déchantaient, la réalité de ce que je croyais être un service public m’apparaissait toute crue et je me sentais plus payé pour emmerder le monde que pour être à son service. Un rayon de soleil, pourtant, éclairait mon quotidien : la musique et en particulier le jazz.
J’avais découvert à Albi un petit magasin de disques d’occasions dont la fréquentation assidue m’avait valu l’amitié de Bernard, son propriétaire. Il m’avait offert une rubrique dans l’émission de radio hebdomadaire qu’il animait et il m’avait présenté ses amis musiciens sud américains. Dès lors, concerts et fêtes plus ou moins improvisées vinrent égayer ma grisaille.

Parmi tous ces nouveaux venus dans ma vie, l’un d’entre eux m’avait plus particulièrement marqué. Il s’appelait Sergio, venait de Córdoba et chantait en s’accompagnant à la guitare. Il était l’un des seuls à avoir accepté une invitation à dîner chez moi, à la caserne.
Je me souviens qu’il avait rapporté un jour avoir rencontré lors d’une soirée, la journaliste de la Dépêche du Midi en charge de la rubrique « sortir à Toulouse ». À cette occasion, la dame qui signait « Nighthawk » ses papiers branchés vint s’ébaubir et minauder autour de lui, répétant à l’envie « Ah ! Comme j’aimerais, comme vous, prendre ma guitare et partir pour parcourir le monde… » Ce à quoi il répondit par un lapidaire « Ben, fais-le ! » qui provoqua un demi-tour pincé du Faucon de la Nuit. Sergio était hilare en rapportant cette anecdote mais je riais jaune car je me sentais également bien incapable d’un tel choix de vie et de rupture.

Avec le temps, ce « Ben, fais-le ! » est devenu pour moi un véritable symbole, celui du déclenchement du processus qui me fit, l’année suivante, démissionner de la gendarmerie pour retrouver cette liberté que j’avais vendue en franchissant les grilles de l’EPPG de Montluçon. Je quittai le Tarn, Bernard et ses copains sud-américains mais en moi s’était inscrit un rêve d’Argentine.
J’eus l’occasion de définitivement boucler mon cycle gendarmesque lors du pot de départ à la retraite auquel nous invita Daniel, un ex-collègue qui, en 2009, terminait sa carrière comme chauffeur du colonel commandant le groupement du Tarn et Garonne à Montauban.

Assis à la table de ce jeune officier supérieur ouvert et plein d’avenir qui au vu de mon parcours me proposa de rempiler, je lui offris un exemplaire de mon livre dédicacé et réussis à lui dire pourquoi j’avais démissionné, ce que mon colonel de l’époque n’avait jamais voulu entendre et que j’avais toujours sur le cœur.
Quelques temps après, nous étions invités à la projection du film des 25 ans de Zingaro et je me suis revu à cheval. Après la pusta hongroise, Monument Valley et les steppes mongoles, mon rêve de chevauchées dans la Pampa restait intact.
J’ai eu envie de saluer Sergio, l’Initiateur.

Des clics et des claques

25 ans après l’avoir perdu de vue, j’ai tapé son nom sur mon ordinateur et la Fée Informatique a retrouvé un guitariste cordobés  répondant à son signalement. Merci Facebook ! Aussitôt, je lui ai envoyé un message disant en substance que bien des années auparavant, entre Toulouse et Albi, j’avais rencontré un jeune homme qui correspondait à son profil et que je tenais à lui dire qu’il avait contribué à changer ma vie.
La réponse ne s’est pas fait attendre, c’était bien lui, étonné et surpris d’apprendre mon histoire. Nous avons correspondu pendant quelques temps, je lui ai envoyé mon livre et mon vieux rêve d’aller galoper dans le pays des gauchos s’est réveillé mais je ne lui ai pas avoué mon désir d’aller le visiter de peur de recevoir un « Ben, fais-le ! » qui n’entrait pas dans mes projets du moment.

Puis notre voyage est devenu d’actualité. Il constitue une nouvelle étape charnière dans ma vie. À 49 ans, je me vois conduit à faire un bilan et revisiter le passé pour mieux accueillir l’avenir. Tout naturellement, après mon histoire avec Daniel puis avec Zingaro, c’était à mes yeux l’occasion de continuer le processus tout en réalisant un vieux rêve. Il ne restait qu’à trouver comment y associer le désir de Catherine de découvrir l’Asie.
Vous connaissez la suite.
J’ai donc annoncé à Sergio que nous allions venir en Argentine et, comme je l’espérais, il nous a déclaré nous attendre chez lui, Villa General Belgrano près de Córdoba.

Son « invitation » conjuguée au billet promotionnel dégoté sur la Qatar Arways a contribué à notre venue anticipée à Buenos Aires fin décembre. Je me réjouissais à l’idée de commencer l’année chez lui mais par un message sec il nous a envoyés à l’hôtel, faute de place pour nous loger. Cette réaction nous a un peu refroidis, d’autant plus que Catherine a souligné l’absurdité de monter à Córdoba dès l’atterrissage alors que nous projetons de descendre vers la Patagonie pour profiter de l’été austral. Nous décidons de décommander le réveillon et remettons les retrouvailles à plus tard, au moment où nous remonterons vers Valparaiso pour y retrouver Pascal et Isabelle.
Sergio est d’accord et s’annonce impatient et curieux.
Le 21 février, à la fin du week end de kinésio, je l’appelle depuis Puerto Varas afin de vérifier sa disponibilité avant de partir vers le Nord: pas de problème, il nous suffira de le prévenir lorsque nous serons à Córdoba, prêts à partir pour Villa General Belgrano, il viendra nous chercher à l’arrivée.
Coincés entre le stage à Puerto Varas (Chili) et notre rendez-vous avec Marie-Andrée le 15 mars à Arequipa (Perou), nous filons directement à Valparaiso où nous écourtons notre séjour pour enchaîner sur Mendoza puis Córdoba et enfin Villa General Belgrano. Nous y débarquons à midi après 30 heures de voyage.

Meine liebe Córdoba


La région de Córdoba est pour nous d’un banal à pleurer avec ses immenses champs de maïs et de soja. C’est vert, c’est peuplé, c’est européen. Nous ne sortons pas du terminal de bus et sautons dans la correspondance pour VGB. Peu à peu, la route se vallonne jusqu’à un immense lac, savant mélange de Suisse, d’Autriche et de Bavière. De belles demeures propres et tirées au cordeau (bas) parsèment ses rives. En approchant de VGB, les maisons en rondins offrant des hospedajes et autres cabañas se succèdent. Nous traversons le bourg, orné d’aigles allemands et de magasins aux enseignes gothiques.
Catherine me rappelle en frissonnant que lors de son précédent voyage, elle avait déjà eu l’occasion de venir ici. L’un de ses copains d’alors l’avait invitée à entrer chez lui  tout en lui recommandant de taire ses origines françaises. Dans la grande salle à manger trônait un portrait du Führer… La petite histoire rejoignait la grande.
Murs de clôture et portails verrouillés sont de rigueur pour protéger les villas cossues aux gazons impeccables qui toutes arborent l’écusson d’une société de télé surveillance. Comme si la nostalgie avait accouché d’un modèle d’ordre, d’idéalisation et de chacun chez soi. Ce que dans l’un de ses messages Sergio avait qualifié de paradis dont il n’éprouvait plus le besoin de sortir.

La Cordobaise 

Il est là, je le reconnais tout de suite même si lui a plus de mal. Il nous présente Mercedes son actuelle compagne qui se définit comme artiste et thérapeute et ses deux enfants de 7 et 9 ans, d’un autre lit. Il nous propose de nous conduire dans un hostel tenu par des amis, à lui à quelques cuadras de là. Nous embarquons dans sa kangoo.
Il m’avoue n’avoir pas réussi à mettre un visage sur mon nom, même s’il a conservé un vague souvenir de moi. Il s’éclaire lorsque j’évoque Bernard. Nous arrivons al Rincon, hostel champêtre à vocation écolo aux airs de ferme modèle avec ses poules, ses canards, ses pintades et ses chevaux mal élevés en liberté. Non, il ne faut pas les toucher, ils peuvent mordre. Non, on ne peut pas les monter.
Sergio fait la bise à la taulière et nous présente.

Elle nous propose une chambre immense pour 160 pesos (40 €) petit déjeuner en sus, ce qui selon Sergio serait un très bon prix pour le coin et la saison. Il n’y a pas Internet, toilettes et salle de bains qu’il faut fermer à clef sont sur le pallier.

Nous hésitons, nous sommes crevés. Lorsque je demande à Sergio son emploi du temps du week end, il m’annonce être libre. Il travaille comme technicien sonorisateur pour la municipalité de Santa Rosa, bled voisin où il vit. Il attend sa fille de 28 ans qui doit venir de Córdoba.
Je suis intrigué par cette fille plus âgée que notre première rencontre et dont il ne m’avait pas parlé à l’époque. Il me dit la connaître depuis cinq ans seulement, époque où elle a fait irruption dans sa vie.
Nous finissons par accepter de rester là et il nous propose de revenir nous chercher à 18h00 pour un asado chez lui.
Nous nous installons dans l’indifférence générale. Les tauliers font la fête entre eux autour d’un asado monumental dont nous ne partagerons que le fumet.
Après une bonne sieste, nous partons en ville pour acheter du vin, du fromage, du jambon, un saucisson, des olives pour l’apéro du soir (on est sérieux ou pas !) puis nous rentrons à l’heure dite.
Sergio arrive deux heures plus tard. 


Il bredouille quelques explications au sujet d’une malencontreuse crevaison, il nous dit être fatigué et n’avoir pas eu le temps de faire les courses pour le soir. Il finit par nous proposer de reporter l’invitation au lendemain 16h00, après avoir déposé sa fille au bus. Nous acceptons sa proposition de nous conduire en ville où nous dînons en tête-à-tête.
Depuis le début de cette histoire, Catherine a un mauvais pressentiment qui semble se confirmer de plus en plus.

Le lapin sans moutarde

Le lendemain dimanche, nous traînons en observant pintades et canards, profitons du beau temps pour faire un peu de lessive, Catherine profite de la piscine, je rêvasse.
À 16h00, Sergio n’arrive pas.
En fait, nous attendrons jusqu’à 20h00, non sans entamer puis terminer le vin, le fromage, les olives et le saucisson que nous avions prévu pour l’invitation. Aucune nouvelle, aucun message, aucun coup de téléphone à ses amis écolos, nous ne savons toujours rien sur les raisons de cet incroyable et incompréhensible lapin.
Il ne nous reste plus qu’à nous offrir le meilleur asado de la ville que nous indique un charmant vieux monsieur croisé dans la rue.

Nous avons géré l’événement sans passion, jusqu’à en rire. Catherine a pu se féliciter de la justesse de son intuition et nous avons débattu au sujet de l’impact inconscient que certaines personnes peuvent avoir sur notre vie et vice-versa.
Sergio l’Initiateur, auquel j’avais attribué le déclic de mon changement de vie, a continué bien malgré lui son œuvre inconsciente à travers les années en demeurant pour moi l’un des objets de ce voyage en Argentine.
Mission accomplie pour lui ; qu’il reste dans son paradis…
Heureusement, il y a eu Rio Gallegos, Juan-Carlos, la Patagonie et tous ses possibles car Villa General Belgrano ne correspond décidément pas au pays dont j’ai rêvé.
Nous n’avons qu’une en vie : nous tirer au plus vite.
Ciao Sergio y hasta nunca !

Pour la petite histoire, dans le bus qui nous emporte loin de VGB vers le Nord, je mets mon iPod en lecture aléatoire. Il s’ouvre sur « The Passenger » d’Iggy Pop que je résiste pas à mettre en lien ici




Cordoba 


samedi 19 mars 2011

L'épopée Valparaiso - Villa Belgrano


La Cordillère a chaud sous le soleil vainqueur. Pas un nuage ne vient perturber le ciel. Les roches luisent et semblent transpirer comme la peau d’un vieil éléphant. L’air se faire rare et les arbres ont renoncé depuis longtemps à participer au concours de hauteur auquel se livrent ici le ciel et les montagnes.
Notre bus grimpe allègrement le long des circonvolutions de la route qui se love jusqu’au sommet. Un anaconda à l’assaut de l’Aconcagua.

Nous approchons des neiges éternelles, toujours plus haut vers le col. Quelques taches d’herbes fleuries saluent la fin de l’été. Accrochées aux pierres grises, elles en adoucissent la froideur. Les pics nous surplombent comme une mâchoire aux dents de loup qui garderait l’accès de la passe. J’observe la noria des camions qui montent et qui descendent et je pense à l’Indoukouch, à Kessel et à ses Cavaliers.

La route moderne que nous empruntons témoigne du besoin de communication, de lien et d’échange qui pousse les hommes à se dépasser. Elle suit une antique voie ferrée désaffectée et nous admirons les prouesses de ceux qui l’ont construite, creusée, élevée et pontée de part et d’autre de la frontière. Parfois, des éboulis la recouvrent. Là, une série de tôles ondulées lui composent un tunnel sur quelques centaines de mètres ; ici, les étais de bois ont disparu et les rails restent suspendus au dessus du vide. Une fois encore, la nature a eu raison de l’œuvre têtue des hommes. Nous saluons ceux qui, les premiers, à pied ou à dos de mulet, empruntèrent cette gorge, colportant nouvelles et denrées. Sur eux souvent la mâchoire s’est refermée pour les engloutir, comme en témoignent les croix blanches et les toutes petites maisons rouges (les maisons aux esprits locales pas très éloignées mais moins sophistiquées que leurs homologues thaïlandaises) qui jalonnent les bas-côtés.


Nous grimpons jusqu’au bout de la route neuve pour y découvrir une station de ski ! Quelques tire-fesses, une pincée de bâtiments aux toits bleus comme le lac d’altitude qui les surplombe.
Au-delà, c’est par une piste défoncée que nous devons continuer.
Les sommets se rapprochent et le vent s’engouffre dans la passe de plus en plus étroite, jusqu’à secouer notre bus. Nous montons par à-coups, slalomant entre les travaux de la future route au gré de la circulation alternée.

Un avion long-courrier nous survole de si près que nous en voyons la couleur. Nous croisons les camions qui descendent avec mille précautions en lâchant des chapelets de pets. Nous redémarrons en cortège sur la piste qui longe un tunnel anti-avalanches en cours de construction, pourtant notre chauffeur n’hésite pas à dépasser les camions qui se traînent.

Au bout, le Tunel Caracoles : altitude 3185m. Aduana argentina : 18 km. Peaje : 2000 pesos en semaine, 3000 le week-end.
À la sortie, nous sommes en Argentine comme le proclament drapeau et panneaux. Le paysage a changé. La route descend en pente douce jusqu’à la douane. L’attente est longue en raison de l’affluence. Heureusement il fait beau et quelques baraques proposent sandwiches et cafés.

Chiliens et Argentins, habituellement frères ennemis, ont réussi à s’entendre pour partager des locaux. La cohabitation avec les Chiliens a rendu les Argentins plus tatillons. L’attente et les formalités durent plus de deux heures et nous avons dû manger la banane et la mangue que nous avions dans notre sac sous peine de les voir interdites de séjour et impitoyablement jetées à la poubelle.
Nous avons droit à la fouille nonchalante de nos bagages cabine pendant que les soutes sont vidées et les sacs passés aux rayons X.
L’émulation a d’autres effets, plus inattendus. Les guichets des deux côtés sont tenus essentiellement par des douanières qui paraissent avoir été choisies par casting pour souligner la beauté de leurs pays respectifs (à moins que ce ne soit pour leur expérience dans l’utilisation des tampons qu’elles manipulent avec dextérité).

Le côté dérisoire des mesures de sécurité déployées dans les douanes pour « notre sécurité » en vue d’empêcher trafics et contaminations nous apparaît une fois de plus dans toute son absurdité. Comme partout, ces formalités fonctionnent sur l’autocensure qu’elles provoquent. Par peur du gendarme ou pour éviter les tracasseries nous préférons obéir et ignorer que les mesures de contrôle en place n’empêcheront pas une personne ou un groupe motivés de faire passer des produits ou denrées illicites. Le petit peuple moutonne et se soumet sans râler, accepte de perdre son temps, obéit et malheur à celui qui, par mégarde ou effronterie, viendrait jouer les grains de sable dans ce ballet de dupes car il serait lapidé.
Quelle connerie les frontières, Barbara…

Nous repartons enfin. Catherine avait insisté pour que nous voyagions de jour dans cette traversée du massif de l’Aconcagua. Nous étions avertis, le côté argentin est époustouflant. Pour répondre à la grisaille du flanc Ouest, la Nature s’est surpassée à l’Est. Jouant des trois couleurs primaires, une infinité de tons se combinent par couches, taches, pointillés, formant des tableaux chaque fois renouvelés. Par le jeu capricieux de l’eau et des métaux, les roches passent de l’ocre au vert, du jaune vif au bleu pastel, du fauve jusqu’au blanc. Nous apercevons le fameux pont de l’Inca, concrétion minérale d’un jaune doré qui enjambe le torrent dont nous suivons le cours. Dommage, le bus ne s’arrête pas et cette image restera un souvenir dans nos mémoires.

Le val s’élargit et le torrent devenu rivière a creusé son chemin au fond de sa vallée. Il coule entre deux parois verticales puis se perd dans un lit de galets trop large pour à nouveau s’enfoncer plus loin dans un canyon sinueux. Le soleil est de la partie et sa lumière relève les teintes ocre, jaune, blanche, verte, marron, bleuté, rouge, orange et toujours renouvelées. Dans cet univers de roches, seuls poussent des buissons ronds et épineux d’un vert presque irlandais, des touffes dorées et quelques cactus turgescents dont les fleurs rouge sang soulignent la vigueur.
Au bout de la vallée, nous entrons sans transition dans un univers végétal où les peupliers sont rois et forment une barrière verte. L’eau est partout et la vie foisonne. Nous traversons Uspallata et sa bouffée de fraîcheur avant de continuer à descendre à travers les contreforts rocheux.

À l’Ouest, la Cordillère se fond dans le bleu du ciel.
Nous laissons dernière nous les derniers reliefs pour nous enfoncer dans une plaine infinie. Aride et parsemée de buissons épineux, elle devient pusta herbeuse puis arrivent enfin les étendues de vignobles qui annoncent Mendoza.
Pendant qu’Alfred plonge dans une de ses somnolences ronronnantes, j’observe déçue le paysage des environs de Mendoza, j’imaginais de rondes collines couvertes de vignes, un peu comme un doux piémont inondé de soleil. À la place, une plaine plate, immense, une super Belgique. Les domaines du coin ne dérogent pas aux règles du pays et jouent sur la quantité que favorise l’espace. Des vignes tirées au cordeau et dont on ne voit pas la fin des rangs, se perdent jusqu’à l’horizon. Elles se succèdent dans l’immensité plate. De quoi démoraliser immédiatement celui qui doit les tailler ou bien les vendanger. Les rangées d’une maigreur artificielle sont gainées de filets noirs. Peut-être pour protéger les raisins en cette période de pré-vendanges ?

Nous sommes loin des coteaux de Bourgogne ou de la vallée du Rhône, des ceps tordus et des micro propriétés. Les domaines se parent de bâtiments flambant neufs qui ressembleraient plutôt à des succursales de laboratoires pharmaceutiques. Je ne regrette pas de passer en coup de vent dans le coin. L’envie de visiter les domaines argentins s’est envolée en un instant. Il est bon d’aller casser ses rêves de temps en temps !

Nous passerons quelques heures à Mendoza qui prépare la fête des vendanges. Son paseo central lui donne des allures espagnoles. Elle a le côté prospère et feutré des cités dont la richesse est fondée sur la vigne. Il fait bon, c’est l’heure où on se promène, la foule déambule et parle fort en sirotant une bière sur les ramblas, nous emboîtons le pas et flemmardons un peu avant de repartir à 22h15, direction Cordoba. Une nouvelle nuit de bus nous attend.
Résumé départ Valparaiso, 8 h du mat, arrivée Mendoza, 18 h, départ Mendoza, 22h15, arrivée Cordoba 8h30, départ Villa Belgrano 10h arrivée 11h45. Sergio est à l’arrivée, il fait chaud…
La suite au prochain numéro.

Villa Belgrano
Arch, nous revoilà en territoire teuton







Valparaiso



Hommage aux Goubert











Le temps nous est compté, nous devons impérativement être à Arequipa au Pérou le 15 mars, à Diogo, Brésil le 27 et entre-temps, Alfred désire faire un crochet par Cordoba, en Argentine afin de revoir son ancien copain Sergio rencontré il y a 25 ans à Toulouse.
Alors nous ne resterons que deux jours à Valparaiso, le temps d’acheter une carte postale pour Isabelle et Pascal qui avaient bien l’intention de nous y rejoindre si les logiciels de l’Ursaff ne s’étaient pas emmêlés les pinceaux avec ceux de la sécu. Et m…, un redressement salé mettra leur petite entreprise  au bord du gouffre et adieu projet de voyage. C’est dur d’être artisan électricien en ces temps où le moindre auto-entrepreneur peut casser le marché. Encore la perversion d’une bonne idée. Nous avons marché dans la ville avec eux en tête et au cœur et les photos qui suivent leur sont dédiées. Vous nous avez manqué les amis !

Médaille d’or


À Valparaiso, nous avons gagné la médaille du « super touriste ». Après la vie entre amis à Puerto Varas, nous étions prêts à reprendre la course aux « points d’intérêt », prêts à escalader tous les « cerros », à courir la ville du nord au sud, à avaler de la « cuadra » en veux-tu en voilà ; nous étions mûrs pour photographier tags et maisons colorés, alertes pour sauter de bus en trolleys verts.
Nous avons même fait le tour du port en petit bateau rouge. Il avait un don ce bateau : il ronronnait sur l’océan en frôlant cargos, navires de l’armée ou bateaux de croisière… il n’oublia pas de saluer en agitant sa cloche, les loups de mer qui paressaient sur les bouées. Un chilien patriote (c’est un pléonasme), nous conta les merveilles de Valparaiso et nous avons applaudi la ville depuis l’océan. Ça m’arracherait presque une larme si ça ne me faisait pas grincer des dents.


Nous avons raté le métro uniquement parce qu’il fallait acheter une carte, même pour un seul trajet. Évidemment ça nous a énervés alors nous avons repris un bus, direction le port et ses bouibouis sans touriste. J’adore les gargotes, dans celle-là 5 femmes s’affairent dans une cuisine aquarium, semi-pro, semi comme à la maison. Elles assemblent, cuisent, mitonnent et se font goûter les plats en blaguant, très bon signe. Le menu à 1700 pesos, un record dans une grande ville, sera simple et excellent. Tout respire la fraîcheur et la joie dans cette soupe de moules (caldo de mariscos) et ce merlu frit servi avec betterave, céleri, salade, tomate, riz, son petit aji maison (tomates fort pimentées), son lima (jus de citron tout préparé) et son citron frais, en désert un té ou une boisson « dulce » qui mélange manzanilla et Fernet Brancat pour la digestion. Chiliens et Argentins raffolent du Fernet , le must : Coca-Fernet. Nos souvenirs de Fernet nous ramenant à des lendemains qui ne chantaient pas, nous n’avons pas essayé de réveiller les mauvais fantômes.


Valparaiso, le joyau du Pacifique


Valparaiso, un nom qui sonne aux oreilles des poètes. Une ville qui a un peu de San Francisco, Barcelone, Lisbonne, Istambul, Naples ou Marseille… Une de ces grandes villes portuaires qui ont un « je ne sais quoi » d’un peu partout. Elles charrient marins, marchandises et quartiers interlopes. Elles resplendissent des belles bâtisses édifiées par les marchands prospères qui au cours des siècles ont convoqué archis et décorateurs en vogue afin d’abriter leurs collections d’objets du monde entier. Maintenant, ça nous donne de beaux musées. Elles ont des bars et des ruelles où les dames ne passent qu’en journée, même accompagnées de leurs maris…

Elles ont ce côté déglingué, usé, cet air de gloire fanée que donne immanquablement la proximité de la mer lorsque l’homme baisse la garde et omet d’entretenir son œuvre.

Valparaiso, le val du paradis tente de sourire coûte que coûte pour mériter son nom. Elle tente de masquer la misère sous les couleurs pétantes des maisons agrippées aux flancs de ses 45 collines mais on sent que c’est dur. Les chauffeurs des multiples petits bus qu’ils conduisent à fond laissent à chaque arrêt monter un colporteur qui propose de l’eau, des bonbons, des chaussettes ou des aiguilles à coudre aux passagers blasés.

Cela rappelle le métro de Buenos Aires, autre port, sauf qu’ici les gamins ne font pas la manche.

À Valparaiso, la richesse est dans l’esprit. Nous allons jusqu’à La Sebastiana, l’une des maisons de Pablo Neruda, évidement transformée en musée. Face à l’afflux de touristes déversé par bus entiers depuis les paquebots, nous renonçons à la visiter. Néanmoins, nous nous laissons gagner par ses jardins, la vue et l’ambiance qui l’environne. La poésie et au coin de la rue, affichée sur les murs, peinte sur les fresques du musée à ciel ouvert. Nous bénéficions d’un temps magnifique qui souligne les contrastes entre les couleurs omniprésentes. Ici c’est sûr, la misère paraît moins pénible au soleil.








Funiculaires, 

ancienne modernité 


À la fin du XIXème, au temps de sa splendeur, pour faciliter la vie de ses habitants, la ville s’était dotée, de quantité de funiculaires permettant d’accéder aux sommets des collines. Aujourd’hui, seuls cinq d’entre eux sont en service. Le guide du bateau rouge nous explique que les pièces détachées nécessaires doivent être fabriquées à la main à l’étranger. C’est long et cher…










Autres vestiges, autres figures symboliques de la ville, les trolebus , en français trolley-bus, vénérables antiquités électriques que certains de leurs conducteurs cabots arrêtent au milieu de la rue afin de se laisser photographier par les touristes ravis.

Au sujet des photos, il faut reconnaître qu’elles sont souvent gâchées par un foisonnement de fils électriques digne de Tokyo. 


Pascal, si tu me lis, sache que le Valparéseau électrique mérite d’être revu. De même que le Valparaiseau social, il ne faut pas se voiler la facebook. (J’ai aussi Valparaisonnement, entrer en Valparaisonnance et pour les plus occitans, l’incontournable val pares, oh, mais j’ai pitié…)

Valparaiso n’est pas l’enfer, pas plus que Puerto Eden n’est le paradis.

Comme on a été extrêmement photographes sur ces deux jours-là on vous offre une petite sélection ! Ah, c'est si difficile de choisir (sic).













































On vous l'avez bien dit qu'on avait exagéré ! 
Un peu comme cet autoportrait d'ado final !