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Catherine & Alfred

jeudi 27 janvier 2011

Ô combien de marins…



En cette fin de XIXème, les pirates n’étaient plus que légende et nul pavillon noir ne tranchait sur le bleu des mers du Sud.
Les armateurs frileux, allergiques aux risques, assuraient au prix fort les cargaisons diverses de leurs navires marchands.
Le Léonidas, vieux cargo épuisé, eut ses soutes chargées du précieux or blanc qu’en ce temps au Brésil les Noirs des plantations extrayaient de la canne pour enrichir des Blancs.
Destination : Valparaiso par la route du Sud, les fjords de Magellan puis la côte chilienne.
L’entreprise est risquée, les naufrages fréquents. Les marins volontaires pour ces routes polaires ne courent pas les ports. À moins qu’un coup de dé les oblige à partir ou bien qu’un mauvais coup leur fasse miroiter un pactole facile pour boire et festoyer.
L’équipage du Léonidas fut trié sur le volet. Sa qualité première ? Savoir tenir sa langue !
Est-ce l’armateur qui, fatigué d’engraisser les courtiers, décida cette fois de les faire débourser ? Est-ce le Capitaine qui fomenta l’affaire ? Les deux, probablement…
Quoi qu’il en soit, le sucre de Rio n’arriva jamais à Valparaiso car il fut déchargé et vendu sous le manteau à Montevideo.
Le cargo allégé, repartit vers le Sud et ses côtes australes, ses chenaux abyssaux, ses légendaires tempêtes. Son sort était réglé et sa fin programmée sous le sceau du secret . Le canal de Messier, profond de 1300 m, à des miles marins de toute habitation, serait sa sépulture. Le Capitaine aguerri connaissait un récif point trop loin de la côte, parfait pour y éventrer n’importe quel navire. Il y jeta le sien de toute la puissance de ses machines, prêt à l’évacuer, son forfait accompli.
Dans un choc formidable, le vieux rafiot d’acier vint s’empaler sur la roche, y déchira ses flancs et… y resta fiché, au grand dam des marins qui avaient tout misé sur un naufrage en règle, de ceux qui envoient par le fond pour les siècles des siècles.
Au lieu de ça, le vieux cargo cabot paradait sur le roc comme sur le doigt de Dieu.
Pour lors, nulle tempête, nul vent hurlant jamais n’eurent raison de lui.
Un siècle plus tard, une armada le choisit comme cible et le cribla d’obus de tous calibres puis, dégoûtée, le laissa là, percé de mille trous et réclamant justice.
Aujourd’hui, il trône encore, fantôme protecteur surgi du fond des brumes, protégeant du danger les honnêtes marins et rappelant aux autres son éternel refrain :
Bien mal acquis ne profite jamais !


2 commentaires:

Yves a dit…

Génial ! ... Digne de Francisco Coloane.

Anonyme a dit…

y'avait une Lilith à Valparaiso
une belle et bien dodue
point frileuse du tout
mais dévoreuse de Léonidas de Brussels

Un jour
qu'elle avait à faire
aux planteurs et autres courtiers
et que cribblées d'obus de tous calibres
elle manoeuvrait à vue
elle muffla un marin obtus
n'en obtint que grenailles malodorantes
pour chansons après boire
se poster en carène
et maugréer
si sensiblement
un blasphème du feu de dieu
que même
Edgar Poë
en ses errances septentrionnales
se le tint pour dit