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Catherine & Alfred

lundi 31 janvier 2011

Juan Nelson Eden Oyoba


Juan Nelson Eden Oyoba porte bien son nom . Il est chilien, marin, édenista et indien Kawashkar. L’un des quatre derniers.
Depuis soixante ans, il vit à Puerto Eden. Il vit de sa pêche et des 110000 pesos mensuels que lui alloue l’État, plus un peu de braconnage et quelques menus travaux. Nos regards se sont croisés, nous avons échangé un sourire, il a accepté sans façons le verre de rhum que je lui proposais et que décline son cousin Francisco.
Face au grésil aveuglant je m’étais replié, trempé et frigorifié, dans le réfectoire. Le glacier Pio XI semblait faire des manières, refusant les photos par son crachin glacé. J’avais à peine terminé un texte des plus noirs sur Puerto Eden que je voulais inspiré des histoires de vie austères de Francisco Coloane. Le sourire de Juan vint le réfuter.

J’ai eu l’impression de lire toute la tristesse d’un peuple décimé dans ses yeux noirs souvent éteints que son sourire rallume lorsqu’il évoque sa terre. Il a voyagé, connaît Chiloé, Calafate et même les Etats-Unis. Il y fait trop chaud, l’air y est trop sec, rien ne vaut, selon lui, le crachin et la brume, le froid et les eaux noires.
Il connaît la France, enfin, quelques français, disons, ceux qui ont construit sa maison, ceux qui ont levé des fonds pour venir aider sa communauté.
Il a embarqué à l’escale et va vers Punta Arenas pour retrouver sa fille.
La tête d’Indien Cacique sur l’étiquette du rhum vénézuélien attire son attention. Il se plaint que chez lui, les denrées sont bien chères. 3000 pesos pour un litre de vin et 8000 pour l’aguardiente, l’oubli est pour les riches.
La voix de ses ancêtres semble l‘écraser d’un poids insupportable et il paraît bien fragile pour pouvoir assumer son destin de dernier.

« Progrès » et « civilisation » ont sur la conscience la complète extinction de peuples et de cultures. Les Kawashkar sont à l’agonie, bientôt plus qu’une histoire conservée dans les livres ou bien dans les musées.


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