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Catherine & Alfred

lundi 31 janvier 2011

Ésotourisme

25 janvier 2010


On voulait en parler… on a noté… on a développé… parfois…

Le drapeau noir flotte sur la Région XII
Pour l’indépendance des Patagonies Chilienne et Argentine réunies.
La cyanobactérie qui nous fait respirer (lagune au chili-australie réunies) (Ph 9)
El Condor ne passa pas, seules des hirondelles traversent le ciel
Daktari des chevaux, Alfred à l’écoute des chevaux patagons
Chilien bosseur versus argentin branleur, entretenu par le gouvernement
Jay l’indien motard
Anecdotes de couch : `
Loïc le stoppeur – Frontières
Mines de charbon
Il a fallu payer les gens pour habiter ici
28 de noviembre parce que inauguration, c’est tout simple non !
Gloria Oscar Alison Princesa (kinesio)
Les gamins farceurs et joyeux
Les flamands
Les lupins : exotiques ou pas ? Yen a partout
Fabrique de briques
Les prostituées d’en face – La rabatteuse
La mazda qui chauffe
Le Milodon

… et voici le résultat  :


Cousinade

Lafarge a-t-il commencé comme ça ?

Alors le lupin, c'est exotique ou indigène ?

24, 25, 26 janvier
Pie XI souhaitait-il nous punir de notre crime de lèse-sainteté ? Nous constatâmes avec amertume que les glaçons du Saint Glacier, composante du Pisco Sour, furent une véritable épreuve pour nos foies. Ils faillirent réussir là où, la nuit précédente, la houle avait échoué.
En ce matin du dernier jour, contrits, l'œil jaune et le front lourd, nous nous traînâmes au petit-déjeuner puis, malgré le beau soleil, je pris la seule décision raisonnable, celle de retourner au lit.
Deux heures après, je refis surface, un peu plus frais.

Puerto Natales

La nature nous offrait un nouveau visage sous un beau ciel bleu avec un vent en tous points semblable au mistral. La perspective de l’arrivée était un crève cœur, tant le voyage, les paysages, les rencontres avaient été un bonheur. L’Evangélistas a une âme, c’est certain. Naviguer à son bord évoque une balade à dos d’éléphant, un sentiment de puissance, de rondeur, de sécurité, de simplicité et de bonne volonté. L’ambiance est bon enfant et l’impression de Babel du premier soir, où chacun se sentait autorisé à parler fort dans sa langue, s’est transformée en un désir d’échange et de partage, sous l’attention bienveillante des membres d’équipage.
Notre prière fut exhaussée et notre plaisir prolongé puisqu’à l’arrivée au port, vers 16h30, il nous fut annoncé que, par décision des autorités portuaires et à cause du vent, nous n’étions pas autorisés à accoster.
Nous mîmes pied-à-terre à 17h30 et quittâmes à regret notre ami de ferraille et nos amis de chair, chacun reprenant sa route, empli de souvenirs.

Il nous restait à trouver notre gîte Balmaceda 427.

Nos sacs à la remorque nous remontons la grande rue vers le centre. Puerto Natales, sous le soleil, est une agréable cité qui propose nombre d’hôtels, d’auberges et d’activités touristiques. Ses rues larges, ses maisons en bois, de rarement plus d’un étage, lui confèrent cette image de ville de conquête, de ville de pionniers, un petit air d’éphémère .
Divers bistrots proposent la wifi mais nous préférons demander notre chemin. Nous dépassons le centre ville pour arriver à notre adresse à l’enseigne du restaurant-hospedaje « El Campesino » et nous trouvons porte close. Nous y repérons malgré tout le rassurant logo de Couch Surfing.
Nous avions annoncé notre arrivée vers 13h00 et il est 18h00. Un voisin nous fait savoir que la dame a eu une urgence, qu’elle doit revenir vers 20h00 et qu’elle lui a dit attendre deux touristes.
Disons-le tout de suite, notre première impression est assez défavorable et les prix affichés plutôt plus chers qu’ailleurs. Nous repartons vers le centre à la recherche d’une connexion wifi afin de vérifier si nos hôtes nous auraient envoyé un message (sur le bateau, nous sommes restés quatre jours sans Internet. Affreux…). Nous voyant un peu errants, une jeune femme nous aborde pour nous proposer un logement. Elle nous conduit à un cyber-café, nous dit pis que pendre sur l’hôpital local et nous apprend que le « Campesino » est un lieu de perdition plein de voleurs et de prostituées !
Un peu ébranlés, nous trouvons un salon de thé pour nous connecter. Pas de message. Nous vérifions malgré tout que la famille qui nous attend peut se prévaloir de plus de 170 messages d’expériences positives et nous décidons de faire confiance au site plutôt qu’à un concurrent jaloux.
Un peu avant 20h00, nous appelons et tombons sur Gloria qui vient de rentrer chez elle. Elle nous attend.

Pas mieux comme photo, désolés…
Après les médecins de Neuquen, la biodanzeuse de Puerto Varas, nous découvrons une famille simple, sympathique et, comment dire, couch addict. En un peu plus de deux ans, ils  s’enorgueillissent d’avoir hébergé plus de 700 personnes !
Nous sommes introduits dans une salle de restaurant « roots » puis dans la maison elle-même où nous sommes accueillis par les aboiements hystériques de « Princesa », sorte de caniche noir totalement flippée et par les multiples questions d’Alison, la petite dernière de 12 ans qui ne tarde pas à nous appeler Tío et Tía. Ici, tout est nature, à la bonne franquette. Les deux grands fils sont au travail, au parc « Torres del Paine », le troisième chez sa tante en Argentine, c’est-à-dire à 40 mn. Oscar, le père, est au boulot, sur un ferry qui dessert la presqu’île en face de la ville.
Nous déposons nos affaires dans notre chambre, réduit aveugle équipé d’un lit d’une place et demie, juste avant l’arrivée d’Oscar, porteur d’un quartier de veau qu’il exhibe avec fierté.
Il se met aussitôt à le découper pour nous préparer des « milanesas », des escalopes panées.
Pendant ce temps, nous sommes toujours soumis au feu roulant des questions d’Alison à laquelle j’explique le test musculaire. Je lui dis travailler sur les animaux et aussitôt, c’est Princesa qui a droit à sa petite séance après laquelle elle finit sur mes genoux, calmée.

Jay, ne ratez pas son site  









La table est mise dans la salle de restaurant et sur ces entrefaites déboule Jay, couchsufeur Hindou de Chennai, âgé de 29 ans qui, après dix ans passés à Chicago, a décidé de changer de vie, quitter son travail, vendre tout ce qu’il avait pour acheter une Suzuki 650 DR d’occasion, l’équiper et partir en voyage. Il roule depuis onze mois. Depuis le nord de l’Alaska, il descend jusqu’à Ushuaia avant de prendre un cargo pour l’Europe et repartir au sud, vers l’Afrique. Il projette plusieurs années de route avant d’arriver en Inde, saluer ses parents, faire une grande fête et repartir s’installer ailleurs. Son DR est digne de Mad Max et il a même équipé son casque d’une caméra vidéo parce qu’il projette de monter un documentaire de son épopée.
C’est un garçon extrêmement sympathique, ouvert et cultivé dont la rencontre a très agréablement pimenté notre séjour.
À la fin du repas, un peu fatigués de nos excès de la veille, nous partons nous coucher lorsqu’une femme fait son entrée et s’attaque à la vaisselle. Elle vient seconder Gloria pour tenir le « bar-restaurant » jusqu’à tard dans la nuit.
À notre réveil, le lendemain, la maison dort toujours. Oscar est au boulot. Nous préparons notre petit déj que nous partageons avec Jay. Il a décidé de passer la journée au parc « Torres del Paine » à 160 km de là. Il a reçu les consignes de la famille pour se faire connaître de Gustavo, l’un des fils qui travaille aux entrées et qui pourrait lui faire économiser le prix du billet. En effet l’accès au parc coûte 15000 pesos (environ 20 €).
La famille Seguel annonce sur son profil de couchsurfing qu’elle propose à qui le souhaite un service d’agence de voyage, vendant avec une commission des activités organisées par d’autres. Ils nous expliquent qu’il existe un circuit d’une journée en minibus pour aller au parc, faire le tour de tous les points de vue ; chacun apporte son panier et tout est partagé. Il faut compter 20000 pesos par personne plus l’entrée au parc, soit une virée à 70000 pesos à deux. Nous choisissons de garder ces 100 et quelques Euros pour une autre occasion. Nous n’irons pas au parc, ayant eu notre compte de montagnes et de nature.

Tester un milodon, c'est coton !

À son réveil, Gloria nous annonce devoir aller en Argentine pour récupérer Enzo, son troisième fils, resté chez sa tante la veille.
Alison ayant parlé d’un oncle éleveur de chevaux et sachant leur voiture susceptible de tomber en panne, je propose que nous les accompagnions.
Nous voici donc partis après le déjeuner dans une Mazda croulante. D’abord, nous devons faire réparer un pneu et en attendant, nous visitons le coin, le port, les hauteurs, la statue du Milodon. Il fait beau et le paysage est magnifique.
La roue récupérée, nous partons vers Rio Turbio, la ville de l’autre côté de la frontière. Sur la route, un stoppeur en plein vent nous fait nous arrêter. C’est ainsi que nous faisons la connaissance de Loïc, parisien de 36 ans qui voyage en stop depuis quatre mois en Amérique du Sud. Nous passerons la frontière ensemble et le déposerons sur la route d’El Calafate.
Gloria est fière de nous montrer un étang d’eaux usées où prospère une colonie de flamants roses, accompagnés d’une floppée d’autres espèces de palmipèdes, dont des oies et des canards.

I ♥ Palavas
La région doit sa prospérité à ses mines de charbon à ciel ouvert dont nous longeons les installations et les paysages désolés qui les entourent.
Direction : 28 de Noviembre. C’est le nom de la ville. Parce qu’elle a été inaugurée à cette date. Probablement qu’ils n’avaient pas encore de héros, de grand homme ou de femme remarquable pour la baptiser autrement à cette époque.


28 de Noviembre les Flots

La ville elle même n’a, encore de nos jours, pas grand chose de remarquable, il faut bien l’avouer.
Nous sommes accueillis chez la belle-sœur de Gloria et ses enfants. La rencontre est chaleureuse, le café savoureux. Je comprends, déçu, que nous ne sommes pas chez l’éleveur. Bouh…
Un voisin a des chevaux. Nous allons les voir. Une jument noire et un criollo, crinière en brosse et queue coupée, sont au piquet dans un enclos. Je ne peux m’empêcher de m’approcher de la jument, en premier. Un gamin m’avertit de me méfier. La jument me laisse approcher jusqu’à un mètre cinquante d’elle puis recule d’un pas à chacun des miens.
Le propriétaire arrive, m’explique qu’il vient de l’acheter et qu’elle est en cours de débourrage. Elle finit par se laisser toucher, ce qui me permet de la tester et de l’aider à lâcher son stress. Le premier cheval que je touche en Amérique Latine !
Nous repartons. Alison et Enzo veulent que nous allions voir une forêt d’arbres pétrifiés puis vient se greffer l’idée du Canyon des Condors.

Il y aurait un ravin proche où il serait possible de voir de condors. Nous y voilà partis, il est 18h00.
Une barrière au bout du chemin empêche l’accès des voitures. Une cabane en rondins servant d’accueil est également fermée. Il faut monter à pied en suivant un sentier balisé jusqu’à un observatoire, en haut d’une colline. Après hésitations, nous décidons de monter. Les gamins, dont Andrés, nous assurent que 30 minutes suffisent pour aller au sommet.

La balade est un vrai bonheur. Au sommet, nous découvrons un causse parsemé d’arbustes rabougris qui s’étend à perte de vue. Un Larzac puissance 10. Il y a même deux chevaux qui broutent pour compléter le tableau. Superbe. J’aperçois un lièvre énorme qui n’échappe pas non plus à Andrés mais les seuls oiseaux noirs et blancs que nous verrons seront des hirondelles. Pas grave, nous redescendons revigorés de cette promenade au grand air.


En bas, nous trouverons même un « calafate » buisson épineux couvert de petites baies acides pas encore tout à fait mûres. Nous en goûtons quelques unes car il est dit que celui qui mange des fruits du calafate reviendra dans ce pays.

Nous repassons la frontière pour rentrer, récupérons Oscar à son boulot et retrouvons Jay qui nous attend devant la porte de la maison.

La journée se termine par un grand plat de pâtes et nous allons nous coucher, laissant Gloria à son activité de nuit.
Sa mère, orpheline à 6 ans, a élevé ses enfants en exploitant un restaurant ainsi qu’un cabaret. À sa mort, elle a légué la maison et le restaurant à Gloria qui, par nostalgie n’y aurait rien changé. Il faut bien avouer que les locaux sont un peu délabrés et supporteraient des travaux d’entretien. Les portes sont branlantes, la chasse d’eau capricieuse, les évacuations engorgées, les tapis élimés. Nous ne sommes pas difficiles, ni très regardants, mais il faut bien avouer que là, c’est parfois limite.
D’autant plus que le quartier a également conservé ses cabarets et leurs belles de nuit, pas vraiment reluisant(e)s. Selon les dires d’Oscar, certains des clients de ces lieux mal famés, après s’être soulagé dans des bras tarifés, viennent au « Campesino » pour boire un dernier verre, mais ici pas de tapin. Les filles qui y viennent jamais ne sont jugées, elles sont servies et ne racolent pas.

Pendant ce temps, les couchsurfers logés à l’arrière de la maison, ne sont jamais confrontés à cette clientèle. Si nous en avons eu un aperçu le dernier soir, c’est parce qu’Oscar, épuisé, nous a demandé de tenir compagnie à Gloria qu’il ne voulait pas laisser seule, en attendant l’arrivée de l’employée de nuit.
Jay est parti, enchanté d’avoir reçu une belle séance de kinésio sur son genou douloureux.

Cathy, une Néo-Zélandaise, la première dans cette maison, est arrivée. Elle a 19 ans, ce qui attendrit Gloria et qui fait dire à Oscar qui, comme chacun de nous n’est pas à un paradoxe près, qu’il ne laissera jamais ses enfants partir tous seuls au bout du monde.

À son tour, Gustavo, le fils aîné rentre du parc où il travaille pour quelques jours de repos. Tel le messie, il commence par un miracle en rétablissant la connexion Internet défaillante depuis deux jours.

Nous en profitons dès le lendemain, pour prendre des contacts de couchsurfing à Punta Arenas, notre prochaine étape.
Nous passons la dernière journée à nous promener en ville, surfer sur le Net, faire une lessive bienvenue qui sera, Ô miracle, séchée au grand air et enfin faire des courses pour le repas du soir que nous avons choisi de préparer.
Pas très inspirés, nous présentons des œufs mimosa avec des fruits de mer en boite et un aïoli maison, suivis d’un erzats de rizzoto, faute d’ingrédients. Après un fervent bénédicité, tout le monde y fait honneur, sauf un couchsurfer croate arrivé tard sans même dire bonsoir, parti direct à la douche et au lit.
Gustavo lance l’idée d’aller camper et pêcher le saumon tous ensemble le lendemain. L’idée est séduisante.
Au lever, le temps a changé… et notre humeur aussi.
Les règles de la famille sont assez claires : le couchsurfer est hébergé et nourri gratuitement, mais il est proposé à chacun de participer aux frais de fonctionnement de la maison en versant un écot volontaire et anonyme dans une boite en fer. Une certaine insistance à parler de coût de la vie, de salaires bas, de manque de moyens pour réparer la chasse d’eau, la machine à laver, la voiture qui chauffe, finit par plomber l’ambiance.

Surtout quand Gloria nous dit qu’aux pires moments creux de l’année, les autres hosteles et hospedajes sont vides alors qu’ici on ne désemplit pas.
Nous finissons par nous sentir mal à l’aise, d’autant plus qu’il nous est difficile d’évaluer la somme juste à déposer dans la boite.
Nous décidons de partir et profitons d’un bus qui démarre à 13h00.

Des Chiliens et des drapeaux

Noir c'est noir, il y a plein d'espoir
La semaine précédente, un événement inédit a secoué la région.
Le  gouvernement a décidé d’augmenter ici de 30% les tarifs du gaz et autres matières premières, accusant les habitants de trop en consommer. Une grève générale a spontanément éclaté –c’est ça qui est inédit-. Les autorités refusant de céder, une stratégie originale a conduit la population à empêcher tous les touristes de quitter la région. Ce blocus à l’envers avait pour but de forcer les gouvernements étrangers à faire pression sur Santiago.
Un collège a été aménagé pour recevoir les « otages » -solidaires pour la plupart- et des lits, des repas leur ont été fournis gracieusement.
Inernet semble avoir été un outil indispensable pour communiquer et coordonner les actions. Cette grève, racontée a posteriori par Gloria, a des relents de fête et s’est achevée par une victoire éclatante, le gouvernement étant revenu à une hausse de 3%. Quelques drapeaux noirs, symboles du mouvement, flottent encore de ci, de là dans la ville.

Nous avons ainsi appris que la région XII, Magallanes Antartica, regorge de matières premières, gaz, pétrole, charbon, cuivre et j’en passe, ce qui, entre parenthèses, a contribué à rendre furieux les habitants puisqu’ils en sont producteurs et qu'ils alimentent en grande partie la nation toute entière. Le tourisme et l’élevage viennent compléter l’image de pays de cocagne de ce coin du Chili, coupé du reste du territoire puisque pour rallier les autres régions par voie de terre, il faut passer par l’Argentine.

La Croix du Sud dans un ciel bleu sur les montagnes
Mieux, si l’on traverse le détroit de Magellan au sud, la Terre de Feu est une île mi-chilienne, mi-argentine, objet de conflits larvés entre les deux pays mais pas entre les habitants. Les Argentins de cette Fin du Monde semblent aussi mal lotis que leurs voisins Chiliens pour ce qui est des relations avec leur capitale Buenos Aires, dont ils se sentent abandonnés.
Ceci a conduit à une situation ubuesque dans laquelle Santiago et Buenos Aires sont à couteaux tirés au sujet de ces territoires dont les habitants, dans un grand élan fraternel, militent avec le plus grand sérieux pour la création d’un état de Patagonie indépendant et dont le drapeau orne d’ores et déjà officiellement certains monuments publics. (Euzkadi pas mort !)
Pas mal, non ?

Celui-ci, il est bien là où il est. 
Pour la petite histoire, Ernesto (cf : Neuquen) nous racontait qu’il était sous les drapeaux à la fin des années soixante-dix, temps de la dictature. Il servait dans le coin lorsque l’amiral commandant la flotte argentine, un foutu va-t-en-guerre, a donné l’ordre d’attaquer et d’envahir la partie chilienne de la Terre de Feu. Grâce à Dieu, une tempête s’est levée, empêchant l’assaut et permettant à un opportun contrordre d’arriver de plus haut. Ouf !







Trop de majesté tue la majesté (ou pas…)

Après les eaux noires comme la bière irlandaise, après les univers de ouate grise aux frontières imprécises où ciel, terre et mer se confondent et se noient, après les albatros épris de liberté, aux ailes comme des rasoirs flirtant avec l’écume, après les phoques et les marsouins qui batifolent dans les fjords, après le vent qui hurle son hégémonie sur la faune et la flore de Patagonie, après le miracle permanent de la vie qui s’agrippe au moindre bout de roc, après tant de merveilles qu’on en devient blasé, arrive le point d’orgue, plutôt la note bleue.

Quelque chose dans l’eau annonçait sa présence, la noirceur s’estompait, la température baissait. Le bateau s’engagea dans un fjord plus ouvert, la masse des cordillères s’écartait en une sombre révérence. Un pâle soleil traversait le ciel gris pour éclairer la scène. L’horizon se barrait d’une immense bande blanche qui trônait, accoudée aux montagnes voisines. Énorme, phénoménal, indiciblement beau, le glacier était là, attendant notre hommage. Il porte un nom de pape, il est bien plus que ça. Le respect qu’il impose a tout de naturel. Il est, tout simplement.
Fascinés, nous approchons de lui, jusqu’à ne plus pouvoir l’embrasser du regard. De gros glaçons bleutés témoignent de sa vie et de sa bonne santé. Mais quelque chose sans doute a dû l’indisposer. Un nuage servile est venu le couvrir et son crachin glacé nous fait baisser les yeux, brouillant les objectifs. Nous insistons, attendant sa bénédiction à distance respectueuse. Réfugiés à l’abri ou bravant les éléments, nous nous laissons imprégner par cette force tranquille, guettant le pan de glace qui en se détachant nous serait comme un signe, un clin d’œil d’amitié.
Sa Majesté s’y refuse. Alors, tel Prométhée volant le feu aux dieux, un zodiac fonce vers les falaises bleutées et en rapporte pour butin un précieux bloc de glace que nous partagerons le soir même en guise de communion, dans nos Piscos Sour.


Pisco Sour 
(Chili et Pérou s'en disputent la maternité)



• 10 cl de Pisco (eau de vie de raisin)
• Jus d'un citron vert
• 1 cl de sucre
• 1 blanc d'œuf
• Quelques gouttes d'aromatic biter (Angostura…)





Juan Nelson Eden Oyoba


Juan Nelson Eden Oyoba porte bien son nom . Il est chilien, marin, édenista et indien Kawashkar. L’un des quatre derniers.
Depuis soixante ans, il vit à Puerto Eden. Il vit de sa pêche et des 110000 pesos mensuels que lui alloue l’État, plus un peu de braconnage et quelques menus travaux. Nos regards se sont croisés, nous avons échangé un sourire, il a accepté sans façons le verre de rhum que je lui proposais et que décline son cousin Francisco.
Face au grésil aveuglant je m’étais replié, trempé et frigorifié, dans le réfectoire. Le glacier Pio XI semblait faire des manières, refusant les photos par son crachin glacé. J’avais à peine terminé un texte des plus noirs sur Puerto Eden que je voulais inspiré des histoires de vie austères de Francisco Coloane. Le sourire de Juan vint le réfuter.

J’ai eu l’impression de lire toute la tristesse d’un peuple décimé dans ses yeux noirs souvent éteints que son sourire rallume lorsqu’il évoque sa terre. Il a voyagé, connaît Chiloé, Calafate et même les Etats-Unis. Il y fait trop chaud, l’air y est trop sec, rien ne vaut, selon lui, le crachin et la brume, le froid et les eaux noires.
Il connaît la France, enfin, quelques français, disons, ceux qui ont construit sa maison, ceux qui ont levé des fonds pour venir aider sa communauté.
Il a embarqué à l’escale et va vers Punta Arenas pour retrouver sa fille.
La tête d’Indien Cacique sur l’étiquette du rhum vénézuélien attire son attention. Il se plaint que chez lui, les denrées sont bien chères. 3000 pesos pour un litre de vin et 8000 pour l’aguardiente, l’oubli est pour les riches.
La voix de ses ancêtres semble l‘écraser d’un poids insupportable et il paraît bien fragile pour pouvoir assumer son destin de dernier.

« Progrès » et « civilisation » ont sur la conscience la complète extinction de peuples et de cultures. Les Kawashkar sont à l’agonie, bientôt plus qu’une histoire conservée dans les livres ou bien dans les musées.


Un jour, une photo

Perso, je ne m'en lasse pas de la photo bouée




Sa sainteté Pio XI



Lundi 24 janvier 2011
Ce matin un rayon de soleil a inondé le dortoir et m’a jetée hors de ma couchette malgré un léger ébouriffage dû à un excès de Pisco Sour absolument nécessaire après la caillante endurée durant notre arrêt devant la merveille des merveilles qu’est le glacier Pio XI. Je comprends mieux la fascination de certains pour les glaçons de toutes tailles.
Jusqu’à présent le froid associé à ce type de paysages me faisait préférer les cocotiers et autres jungles fort exotiques à mon regard de western girl… Je sens que je suis en train de changer d’avis et n’écouterai plus d’une oreille distraite le récit d’une virée au Spitlzberg.



Plus de 2 km de large pépère


Sa Seigneurie s’est donc annoncée bien avant qu’on puisse la voir. Tôt dans l’après-midi, l’eau noire du pacifique est doucement devenue verte, d’abord sombre puis de plus en plus claire, jusqu’à s’annoncer blanche à l’horizon. Quand le bateau est arrivé dans cette eau laiteuse, nous ne le voyions toujours pas, pas un glaçon, rien qu’un ciel gris qui me laissa craindre un four complet. Je m’étais réfugiée dans le poste de pilotage ouvert à tous et papotais avec un vieux monsieur qui en connaissait un rayon sur les eaux atlantiques et ne cessait de les comparer à celles du Pacifique. Fasciné par cette découverte tardive mais tant attendue, il semblait parfois avoir 20 ans tant son regard brillait. Il ne ratait aucun mammifère marin et me les annonçait alors qu’ils n’étaient qu’ombres furtives, sous-marines. Un immense dauphin a effleuré trois fois la surface (ô un magnifique « arco iris » m’appelle sur le pont)…





Gomez Castagnon, programme TN les dimanche, en relation avec les chevaux. Sin estrivos (sans étrier)
Colonel Suarez + trois petites colonies n° 1, 2 & 3 Allemands de la Volga
Colonia san martin (alemanes de la volga)
Darreueira (Amich)
Puan,
Note prise à la volée… lors d’un échange avec Gabriela de Tigre, Estuaire du Paranà. Nous nous étonnons de l’air sec malgré la pluie, malgré la brume. 

Aujourd’hui, nous découvrons ce que bise veut dire. Bise mon œil, le vent patagon est plus que sauvageon, il souffle comme un loco (fou). Après la houle, le vent se joue de nous et sous son joug, nous devenons brindille, broutille livrée à son bon vouloir. Alors, on ruse, on s’abrite puis à un moment on décide de se mesurer à lui, alors bravement on sort tête en avant, on plisse les yeux, on écarte les bras au cas où enfin le vol nous serait possible et on résiste jusqu’à renoncer, tourner le cul et se retrouver expédier en moins de deux dans son sens, super véloce…
Nous voilà arrivés à Puerto Natales avec l’ordre des autorités maritimes de tourner en rond en attendant que le zef se calme, ça tombe bien on est à bien à bord, à l’abri dans le ventre du bateau.







Le canard à vapeur côté argentin ou canard à moteur côté chilien, à moins que ce soit le contraire. Encore un oiseau en pleine mutation qui a choisi le camp des nageurs et renoncé à voler. Résultat, il se sert de ses ailes comme de rame et façon bateau à aube, il les fait tourner à toute vitesse et marche sur l’eau, lui. Plus fort que Jésus est le canard patagon, qu’on se le dise. Impossible de le prendre en photo, il va trop vite, tout comme l’albatros que nous tenterons chacun notre tour de fixer sur une image. Pas moyen.


C'est ce qu'on a de mieux



11h du soir, à bientôt



dimanche 30 janvier 2011

Sur la route du Sud, à l’Est d’Eden



Les eaux noires sans fond viennent lécher ce rivage
où nul chemin ne conduit.
On ne peut donc s’y perdre, pourtant tous y ont échoué.
Une poignée d’âmes frileusement groupées sur cet îlot, partage chichement un destin inhumain de solitude insulaire avec, pour horizon, la brume, la pluie et les terres stériles.



La mer est seule nourricière de ces damnés de la terre. Ils y arrachent leur pitance et attendent le jour où ils pourront enfin revenir vers le monde dans le ventre en acier d’un complaisant navire. 



L’un d’entre eux, l’Évangelistas, passe souvent, déchargeant des vivres, assurant la survie et la bonne parole. Une foule tentatrice en descend comme autant de brandons, s’égaie et puis repart, honteuse mais soulagée de laisser derrière elle ces survivants maudits.


De quoi sont-ils coupables pour être ainsi punis ? Les trop nombreuses étapes du long chemin de croix qui encercle l’îlot laissent imaginer un bien horrible crime que le Diable en personne se charge de punir. Des traces de sang, parfois, viennent le rappeler.


Des Indiens qui jadis vivaient nus il ne reste personne. 
Un carré de Kawahkars, les derniers de leur peuple, y cuvent la tristesse d’avoir perdu leur foi.


Le Dieu des Blancs a semble-t-il choisi de laisser en pâture ce petit bout de terre, comme un os à ronger pour son vieil Adversaire qui, d’un trait d’humour noir, choisit de le baptiser du nom de Puerto Eden.
Nul pommier, nul figuier n’y a jamais poussé. 
La seule bénédiction est d’en être chassé.

Ce jour-là, quelques photos

Puerto Eden en 7 photos